dimanche 10 octobre 2010

The Road

L’automne est arrivé au Ladakh. Les feuilles jaunissent, la température diminue lentement mais surement, et les commerces qui avaient bravé la chute dramatique du tourisme après les inondations du 6 août ferment à leur tour, un a un. Les travailleurs saisonniers retournent à leurs villages pour quelques semaines après quoi la majorité se rendront à Goa où la saison touristique bat son plein durant les mois d’hiver.

Je m’habille tranquillement. Un chandail à manches longues, un polar, et mon anorak. Des caleçons longs, une paire de pantalons épais, des bas chauds, mes bottes de marche, mes gants et ma tuque. Je m’en vais… prendre le minibus. J’ai décidé que la prochaine destination serait Rishikesh, histoire de prendre du temps pour méditer et faire du yoga. Pour quitter Leh, trois choix s’offrent. Un vol sur Delhi, la route vers le Kashmir, ou re-la route vers Manali. Les vols sont chers et je n’ai vraiment pas envie de me taper la capitale. Le Kashmir est une poudrière très instable de ces temps-ci,pas vraiment pour moi. Je retournerai donc à Manali, un autre « Road trip ».

Le minibus part à 1 heure du matin et prévoit arriver à destination vers 18 heures. Sympathique… Je passe donc la soirée avec Chris, un Italien qui travaille sur son doctorat en études tibétaines et qui occupe la chambre voisine. On a passé le dernier mois à se croiser entre nos escapades mutuelles hors de Leh. On regarde des photos de notre visite au monastère de Spituk la veille et on s’échange de la musique aider à passer le temps. À 11 heures Chris me souhaite bonne route. Je fais les derniers préparatifs avant de quitter l’hôtel à minuit trente.

Outre une douzaine de chiens, je suis seul sur la rue principale. Il fait froid, mais, vous l’aurez noté, je suis habillé en conséquence. Je ne suis pas trop inquiet pour la nuit, je pense que ça ira. Le minibus arrive à 1h20, c’est plutôt bien. On fait quelques arrêts et à 2 heures, c’est plein. On est fin prêt à partir. Ce sera une dure nuit. Le chauffeur, soucieux e ne pas s’endormir (c’est quand même une belle attention de sa part), gardera la fenêtre ouverte et nous fera entendre le même CD de musique indienne tout le long des 16 heures que durera le voyage.

Il fait donc vraiment froid. J’essaie de temps à autre de voler un coin de la couverte de mes voisins indiens, je me branche sur mon lecteur MP3 pour varier la musique et je me dis que toute mauvaise chose a une fin. Lorsque le soleil se lève enfin, c’est mieux, et je pense que je pourrai enfin dormir... Jusqu’à ce que la dame d’à côté se mette à vomir. J’ai arrêté de compter après la cinquième fois. Elle réussit à chaque fois à se rendre à la fenêtre de la première rangée. On constate cependant à chaque arrêt que la portière (incluant la poignée) se couvre de plus en plus d’une couche épaisse de nourriture à moitié digérée. Nice…

Je réussis à somnoler à quelques reprises jusqu’à ce qu’on arrive au col de Roatang. Ce sera mon quatrième passage cette année. On mettra trois heures pour faire les 50 kilomètres, ce qui est un record de vitesse. Il y aura un peu de pluie, un peu de neige, de nombreux blocages, mais somme toute, pas si mal. On arrive donc à bon port à 18 heures. Je suis crevé, mais heureux d’être rendu… à Manali… Pour me rendre à Rishikesh, je devrai prendre un bus de nuit pour Chandrigarh (11 heures) puis un autre bus pour Haridwar (6 heures) et finalement 1 heure de taxi. Bon, j’ai du temps, je peux me permettre quelques jours de repos avant cette prochaine étape.

Je suis installé sur le balcon devant ma chambre. J’ai une vue sur la place principale du village de Vaschicht, à trois kilomètres de Manali. Je n’ai pas de plans pour la journée autre que d’écrire, de lire et d’accueillir ce qui se présentera. Ce n’est pas encore facile, mais je m’améliore. Il y a toujours la tendance de planifier quelque chose, et ce plan devient trop souvent «ce qui doit être fait ». Ça prend du temps pour changer le programme…

En quittant Manali, je laisserai derrière moi les montagnes du Nord de l’Inde, après presque trois moi passés sous leur regard bienveillant. Coin de pays majoritairement bouddhiste, l’accueil aura été doux et souriant. Je me lance maintenant dans ce que les voyageurs ici appellent « real India ». C’est le début d’une autre étape. Si vous êtes prêts, je vous emmène avec moi.

À bientôt.

jeudi 7 octobre 2010

Markha Valley


Les gens qui se rendent au Ladakh, y vont en grande majorité pour faire du trekking. On parle en général de randonnées de 3 à 20 jours, presque toujours en camping (contrairement au Népal ou les randonnées avec couchers dans des petites pensions sont davantage possibles) le plus souvent avec guide, cuisinier, et des chevaux pour transporter l’équipement et la nourriture. L’an dernier, j’ai passé près d’un mois au Ladakh, et cette année trois semaines, sans avoir tenté l’aventure. Pourtant l’intérêt y est. Je n’ai simplement pas rencontré les bonnes personnes au bon moment. Voilà donc qu’au moment où je me disais que je quitterais le Ladakh je rencontre une Allemande et une Suissesse qui me proposent de faire le « Markha Valley trek » avec elles. C’est une randonnée bien connue, de difficulté moyenne et les filles ne sont pas des athlètes, donc je me dis que je devrais pouvoir suivre le rythme, d’autant plus que je n’aurai qu’un sac à dos de jour à porter.

On trouve donc une agence qui nous fournira les services nécessaires pour 40 $ par personne par jour, et le 19 septembre au matin, une jeep nous dépose à une heure de Leh au départ du sentier.

Ce sera une semaine magnifique. Des paysages à couper le souffle, des villages mignons comme tout avec des gens hyper, mais hyper sympathiques, ainsi que des stupas (monuments coniques) et des gompas (temples) perchés à des endroits parfois invraisemblables qui parsèment la route, nous accompagnent tout au long du périple. Les journées sont longues, et le temps change souvent. On aura droit à un peu de tout. Journées ensoleillées et chaudes, couvert nuageux, une après-midi pluvieuse, venteuse et froide (entre nous, celle là m’a fait travailler le mental), et même une heure de neige. Trois nuits ont été sous zéro et pour traverser le dernier col, nous avons dû faire quelques heures dans 10 à 15 cm de neige mouillée (on était un peu tard dans la saison). Mes compagnes de randonnée sont sympathiques, nous avons les mêmes attentes et nous marchons à des vitesses très semblables. Y’a donc pas de pression.

Physiquement, bien qu’exigeant, ce n’est pas d’une difficulté extrême. L’effet de l’altitude se fait ressentir, mais les sentiers montent et descendent doucement, et puisqu’on était à Leh, à 3500 mètres, depuis un bout, l’écart n’est pas tellement grand, et ça se prend assez bien. On marche lentement, y’à pas de presse. À l’arrivée on nous attend avec un thé chaud, et notre guide/cuistot (Dawa, un népalais de 28 ans d’une gentillesse hors du commun) nous concocte des petites merveilles chaque soir (pâtes avec sauces variées, légumes sautés, plats indiens, momos tibétains, soupes, et même une pizza cuite sur des roches chaudes!).

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est de n’avoir aucune décision à prendre pendant la semaine. On se lève, on marche, on prend des photos, on mange et on se couche. Le sentier et par là, y’a qu’à le suivre et ouvrir nos sens. Je me suis senti très zen, en harmonie avec mon environnement (bon pas toujours, je me suis battu un peu avec le froid et les bobos inévitables) et convaincu à nouveau du puissant pouvoir de ressourcement de la nature. Depuis le trek, je me sens plus calme, et plus centré. Voilà bientôt trois mois que je suis parti. Je sens maintenant que le rythme est bon, que le temps fait son effet et que j’accepte plus facilement d’être simplement où je suis.

Je mettrai sous peu quelques photos sur Picassa. Vous comprendrez peut-être un peu mieux mon émerveillement. Pour les amateurs de randonnée, le Ladakh se doit d’être sur votre liste; c’est sublime…

La randonnée en chiffres (pour les amateurs)

7 journées de marche
Les couchers se font entre 3400 et 4700 mètres
Entre 6 et 9 heures de marche par jour (on n’était pas vite!)
La deuxième journée, traversée d’un col à 4900 mètres
L’avant dernier jour, traversée d’un col à 5130 mètres
40 $ par personne par jour tout compris (pour trois personnes)

dimanche 12 septembre 2010

La route de Dha Hanu

Le transport routier dans les montagnes, c’est jamais très facile. Cette année, avec la pluie abondante qu’il y a eu dans le Nord de l’Inde, c’est vraiment pas une sinécure. Après les aléas dans la vallée du Spiti, les trois passages pénibles du col de Roatang et les 30 heures de route entre Manali et Leh, j’ai trouvé moyen de faire encore mieux. Et pourtant…


J’ai décidé de quitter Leh pour me rendre dans la région de Hanu, ou vivent les Brokpa, un peuple aux traits aryens, des descendants, spécule-t-on, des envahisseurs accompagnant Alexandre le Grand, à quelques dizaines de kilomètres seulement de la frontière du Pakistan. Il y a un bus qui part tous les matins à 9 heures et qui doit arriver à Dha à 15 heures. Parfait. Je me rends à la gare routière à 8h30. Je place mon sac sur le toit et entre dans le bus. Première surprise, tous les sièges sont pris. Je réussis tout de même à me faufiler sur un coin de banquette à côté du chauffeur, mais pas vraiment de place pour mes jambes. J’opte donc pour une position semi-lotus, en me disant que j’aurai une meilleure place dans une heure ou deux quand quelques passagers arriveront à destination.

Deuxième surprise, le bus arrête quatre fois dans les deux premiers kilomètres pour prendre de nouveaux passagers. C’est maintenant plein à craquer, y’en a même deux ou trois qui pendent dans le cadre de la porte, restée ouverte. On va avoir du fun… Deux heures plus tard, on a franchi environ 40 kilomètres des 160 nous séparant de Dha, et voilà qu’on arrête pour le petit déjeuner. Bon, j’avais cru qu’un départ à 9heures voulait dire qu’on mangeait avant de partir (ce que j’ai fait), mais non, troisième surprise. Je me dis qu’on n’est pas pressé après tout, on a toute la journée.

L’autobus est tout aussi bondé, mais on a profité de l’arrêt pour me gruger encore quelques pouces. Heureusement que je ne suis pas gros, mais je sens bien que je suis moins souple que j’étais. Le paysage est magnifique, et comme je suis pratiquement collé sur la vitrine avant, j’en profite pour prendre quelques photos, ce qui amuse bien mes co-voyageurs (je suis le seul touriste à bord…). On roule comme ça un bon trois heures, et voilà qu’on arrête de nouveau, cette fois pour le lunch. Le village n’est qu’un carrefour sans âme, et la nourriture est à l’image du village.

On repart à 14 heures 30 et on n’a pas encore franchi la moitié du trajet. Je commence à penser qu’on n’arrivera pas à l’heure prévue. Certains bouts de route sont cependant bien pavés, et on prend de la vitesse; on doit faire du 40 km/heure! Tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce que… quatrième surprise, la route est bloquée. Un pont a été emporté par les inondations du début août et un camion citerne est pris dans le pont de roches qu’on a temporairement mis en place pour franchir les 10 mètres séparant les deux rives. Ce n’est pas tout. Un petit pick-up, ne reculant devant rien, a tenté de doubler le camion citerne immobilisé. Erreur! Voilà donc deux véhicules pris dans les roches. Bravo!

Comme lors des autres blocages de route, c’est le même scénario que se répète. Chacun y va de ses conseils et personne (ou presque) ne lève le petit doigt. Après une heure de gossage, voilà qu’apparaît une remorque de l’armée. Yé, on est sauvé! Pas si vite Richard… Ils ont une remorque, mais on dirait que c’est la première fois qu’ils s’en servent. Et puis, c’est pas parce que c’est l’armée qu’on sait qui donne les ordres. On est en Inde après tout. C’est donc le chaos, comme il se doit. Le spectacle est passionnant, mais un peu longuet. Ils finissent par y arriver, et les premiers véhicules passent sans problème. Vous l’aurez deviné, lorsque vient le tour de notre autobus, celui-ci s’embourbe, s’enfonce et s’en est fait, il est pris à son tour. Je vous fais grâce des nombreuses techniques qu’ont utilisé les vaillant soldats pour tenter de résoudre le problème de façon à ce que nous puissions continuer notre route, mais en vain. Finalement, l’autobus est remorqué, mais du même côté d’où on arrivait. Et nous on fait quoi? Plus précisément, moi je fais quoi?



C’est alors que j’aperçois (je ne compte plus les surprises) une dame portant une casquette du Canadien de Montréal. Non, non, je ne vous niaise pas. Elle est canadienne, et travaille pour une ONG locale depuis plusieurs années, passant huit mois par année dans les villages du coin. Elle a tout d’une locale (sauf la casquette) et parle couramment le Ladakhi. Elle m’explique que les gens organiseront des navettes avec les camionnettes sur place. Je lui demande son avis et elle me suggère de prendre un véhicule pour Biama, le village avant Dha puisqu’il commence à faire nuit. Il y a là un guesthouse qui pourra m’héberger. Elle-même ne va pas aussi loin, donc nous prenons deux camionnettes différentes.

Le temps d’organiser le tout, il fait effectivement nuit. Le ciel est magnifique, mais mon niveau de confiance un peu moins. Enfin, j’embarque dans une camionnette et me dit que (maintenant) tout se passera comme prévu… When will I learn…

Nous roulons une petite demi-heure, et voilà qu’on m’indique que je suis rendu à bon port. Je demande où on est, et on me répond « Dha ». Ah bon, je croyais que je devais arrêter à Biama!? Et le guesthouse dis-je d’un ton que je souhaiterais pas trop nerveux. Suis cette dame locale me répond-on, du moins c’est ce que je comprends. OK, je ne suis pas dans une position pour négocier grand chose. J’aperçois donc la dame qui commence à grimper dans un sentier rocailleux plus ou moins bien défini. How far ? Not far. Et c’est parti.

Avec mon gros sac mal attaché, mon petit sac pendant au cou, ma lampe de poche à la main (oui, oui, je devrais avoir une frontale) je tente tant bien que mal de suivre la dame qui gambade comme une chèvre de montagne sur le sentier qui monte de plus en plus à pic. Après 10 minutes, je dois me rendre à l’évidence, je ne suis pas capable de suivre la cadence. J’arrête et lui offre une panoplie d’excuses pour justifier mon état. Après un arrêt trop bref, elle s’empare de mon petit sac et me somme de la suivre. Si je ne m’amusais pas avant, là je ne m’amuse plus, mais plus du tout. Le sentier est parsemé de roches et ça devient de la grimpette. Je dois utiliser mes mains, mes genoux, et tenir ma lampe de poche dans ma bouche, ce qui n’aide en rien à respirer adéquatement (je sais, la frontale…).

Finalement, on arrive à une maison. La dame me fait signe d’attendre et elle disparaît à l’intérieur. En d’autres temps, j’aurais été inquiet. À ce moment précis, je suis trop exténué pour réagir. Je tousse, je crache et je contemple distraitement les étoiles jusqu’à ce qu’un jeune homme sorte de la maison et met dit de le suivre. Merde, on n’est pas encore rendu. Le sentier est maintenant plat, mais le jeune homme ne compte pas perdre de temps. Je le suis comme je peux et en cinq longues minutes, on atteint l’endroit tant espéré. Le jeune homme cogne à la porte et finit par réveiller les habitants qui ouvrent et m’offrent le gîte. Il est 22 heures, je n’ai pas mangé depuis le lunch, mais pas question de faire autre chose que d’enlever mes vêtements trempés de sueur et m’affaisser sur le lit. À 22 heures 15, je dors.

Je me réveille à 9 heures 30 le lendemain matin, fatigué, mais soulagé. Le village est coquet, il y a des fleurs partout, les gens sont gentils, et les femmes âgées portant des coiffes pour le moins originales. Je prends une marche dans l’après-midi et je me rends à Biama pour voir le guesthouse où on aurait dû me déposer. Dernière surprise, le village a été ravagé par les inondations du début août et le guesthouse en question n’est plus. L’aventure aura donc bien finit. Deux mois d’aventures, ça commence à être du stock. Au fait, ce n’est pas du repos que je cherchais? Il est peut-être temps de faire le point… À suivre…

samedi 4 septembre 2010

Réflexions d'une nuit d'été

Djoulé!

Ça veut dire à la fois bonjour, au revoir, s’il vous plait et merci en Ladakhi. Affichant un large sourire, presque tout le monde qu’on croise nous le lance d’une voix enjouée. Dans les guides de voyage, et parfois dans les documents remis ici aux touristes, ils l’écrivent « Jule ». C’est toujours amusant de voir des Français nouvellement arrivés qui prennent l’initiative et qui lancent des « Jules » (comme dans Jules Verne) aux gens qu’ils croisent!

Les chiens

Il y en a beaucoup à Leh. Ils dorment le jour, et prennent possession de la ville la nuit, rodant en groupe et jappant presque sans cesse. Je me demande ce qu’ils se disent... Comme se sont des êtres vivants, les bouddhistes ne doivent pas leur faire de mal, ce qui explique que leur comportement est toléré. Cela dit, lorsqu’on les croise le jour, ils s’esquivent la queue entre les jambes. C’est donc qu’ils ont appris à avoir peur des humains. Il me semble y avoir là une contradiction que je ne m’explique pas…

L’inégalité de l’offre et de la demande

Il y a anormalement peu de touristes en ville pour ce temps de l’année, suite à la catastrophe du début août. Même si beaucoup de commerces ont fermé leurs portes pour la saison, il y en a encore beaucoup qui ont choisi de rester ouverts. C’est plutôt triste de voir les commerçants se tourner les pouces à longueur de journée ou de tenter vainement d’attirer les quelques acheteurs potentiels dans leurs boutiques. Ça me fait penser à la mondialisation et à la dépendance qui est crée quand les agriculteurs locaux ne produisent que pour l’exportation.

Les pousseux de charrette

Quand on voyage longtemps on vient à ne plus être conscient des différences avec chez soi. Hier, je me suis dit que je ferais un effort pour observer plus attentivement la vie quotidienne à Leh. À ce moment précis, j’aperçois du coin de l’œil un « Pousseux de charrette ». Bien sur, j’en avais déjà vu, mais sans vraiment les voir. Des pousseux de charrette, avouons-le, y’en a pas beaucoup chez nous. Ils livrent une variété d’objets, souvent lourds, à des racoins de la ville peu ou pas accessibles en véhicules motorisés. Pour quelques roupies, ils transportent des bidons d’eau ou de pétrole, des matériaux de construction ou des boîtes de tous genres. Sur le plat, ça va, mais Leh est une ville avec sa part de dénivelés. Il faut donc les voir forcer comme des bœufs (l’image est assez juste) ou alors courir, le dos arqué, zigzaguant de gauche à droite à travers les piétons ou les automobiles pour tenter de freiner leur cargaison en descendant une côte. Pas évident…

Serviettes et papier de toilette

Dans l’temps, les petits hôtels par chers ne fournissait pas de serviettes ni de papier de toilette. Puis les temps ont changés. Pas en Inde… Pour la serviette, l’ennui c’est qu’elle reste souvent mouillée au moment ou je change d’endroit, donc faut la placer dans un sac de plastique. Saviez-vous que les sacs de plastique sont illégaux dans l’état de l’Himachal Pradesh? Ça complique un peu la chose. Pour le papier de toilette, ben il faut en trainer partout, et ne surtout pas l’oublier. Distrait comme je suis… je vous épargne les détails.

Leh

Me voilà rendu (enfin) au Ladakh. Je dis enfin parce que je comptais m’y rendre dès l’arrivée de Julien, l’ami de mon fils Alexis, prévue pour le 5 août à Manali. Dans les faits, Julien est arrivé à Manali le 7 août plutôt que le 5. Pas une grosse différence, mais le 6 août, au milieu de la nuit, une pluie torrentielle s’abat sur la région de Leh la capitale du Ladakh et s’ensuit des glissements de terrain et des rivières de boue qui engloutissent les maisons et coupent les routes d’accès. Bilan, environ 200 morts et lus de 500 personnes disparues. De plus, les deux seules routes d’accès à la région sont fermées pendant plus d’une semaine.
Je suis donc resté pendant deux semaines sur le versant au sud de l’Himalaya, partageant mon temps entre Manali et Dharamsala, sous la mousson. J’ai finalement opté de prendre le minibus pour Leh le 25 août, ne sachant exactement ce qui m’attendait, car les informations disponibles se contredisaient au point où certaines agences ne faisaient pas le voyage et me décourageaient d’y aller alors que d’autre disaient que la route se faisait tous les jours, sans problème. Disons que 30 heures de minibus en deux jours pour franchir moins de 600 kilomètres ce n’est pas de tout repos, mais il n’y avait pas de quoi s’empêcher d’y aller.

Depuis le 27 au soir, je suis donc dans une de mes villes préférées.
Située dans une vallée verdoyante à 3500 mètres d’altitude, entourée de montagnes arides aux couleurs changeantes variant en fonction de la couverture nuageuse et peuplée de bouddhistes d’une gentillesse remarquable, la ville a tout pour plaire. Tout se fait à pied, il y a de nombreux temples (gompas) et un magnifique vieux « chateau » qui domine la ville, des restos sympas et un coucher du soleil à couper le souffle.

Les dommages apparents de la tragédie du 6 août sont minimes. Une partie de la gare d’autobus est anéantie et quelques immeubles sont ravagés. On me dit que les dommages ont été plus importants dans un village à 10 km d’ici. Des tentes ont été érigées à quelques endroits pour abriter les sinistrés et pour eux, le drame est réel. Cela dit, pour la très grande majorité des gens, la vie a repris son cours, et il est facile de séjourner à Leh sans prendre connaissance de l’incident.

Je passe mes journées à errer, à changer de trajet au gré des rencontres et de l’inspiration du moment, à lire, et à prendre trop de photos, ce qui requiert un temps fou chaque soir pour faire une sélection et des retouches (somme toute mineures, je fais quand même un effort lors de la prise d’images). Il n’y a de l’électricité ici que le soir, l’accès Internet est limité, et la vitesse plutôt lente, ce qui explique (en partie) mon manque d’assiduité à mettre à jour ce récit de voyage.

Parmi les faits saillants, j’ai assisté à l’arrivée du nouveau « Head Lama » (Lama de tête!?) du Ladakh. Le jeune homme de 4 ans, réincarnation du défunt Rinpoche, occupera désormais la résidence officielle dans le nord de la ville. L’ambiance était fébrile. Des centaines de pèlerins, en tenue de circonstance, attendait l’arrivée du gamin. On a eu droit à tambours et trompettes, à un festin somptueux dans la cour de la gompa et à un défilé pour recevoir la bénédiction de cet être unique. J’ai donc maintenant un autre petit cordon rouge au poignet après celui reçu du Karmapa Lama à Dharamsala (je vous laisse le soin de faire votre propre recherche à son sujet). Haut en couleurs, en émotions et en franche camaraderie, l’événement est non seulement ouvert aux voyageurs présents, les gens se bousculent pour vous offrir une place, un plat de riz et de légumes où encore du thé au beurre que j’ai maintenant appris à refuser poliment. Un beau moment quoi.

Je me suis aussi perdu dans les dédales de la vieille ville à de nombreuses reprises, suis monté au château et au Shanti stupa pour le coucher du soleil, et je fais régulièrement la grasse matinée. Faut quand même prendre des vacances de temps à autre lors d’un long voyage !

Je compte quitter Leh dans les prochains jours, destination le Zanskar (au sud-ouest de Leh) en passant par quelques petits villages en chemin. Je vous donnerai des nouvelles lorsque je trouverai une connexion Internet le permettant.

Bonne rentrée et bonne fin d’été, parait qu’il fait chaud au pays… profitez-en!

mardi 24 août 2010

Incredible India!

Je viens de m`apercevoir que je n`ai pas publié le texte sur nos péripéties à l'arrivée. Voici donc notre baptême de l'Inde.

L’arrivée à Delhi donne le ton à un début de périple indien qui saura plaire aux amateurs d’aventure. Le vol arrive à l’heure (minuit 30) et on passe les douanes les doigts dans le nez. Reste à prendre nos bagages, et rejoindre le chauffeur de taxi de l’hôtel qui nous attend avec la petite pancarte « Richard Touchette – Rak Hotel ». Du moins c’est ce qui est prévu.

Après ½ heure, le sac d’Alexis apparaît. Le mien doit suivre incessamment. Eh bien non! Il faut donc que j’aille au comptoir, que je remplisse une série de formulaires et que j’espère que je retrouverai mes choses rapidement. Il est donc maintenant 2 heures du matin, heureusement que le taxi est là. Eh bien non! Il n’y est pas (ou il n’y est plus, c’est selon). Je me dirige donc au kiosque des taxis prépayés, je paie le nécessaire et on nous dirige vers un poste extérieur. Il fait chaud, très chaud. Environ 35 degrés. La situation est un peu chaotique, pas clair quel taxi on doit prendre. Un type m’aborde en me disant qu’il va chercher son véhicule et viendra nous prendre dans 2 ou 3 minutes. Bon, ça doit être OK…

Il arrive tel que promis, et on part. On discute en anglais limité, je comprends qu’il pratique le métier depuis trois mois seulement. Il semble confiant de pouvoir trouver notre hôtel, bien qu’il n’est pas très familier avec le quartier de Paharganj, où nous devons loger. Après quelques minutes, il arrête sur le bord de la route et il embarque un jeune homme, qui dit être de la parenté, et qui baragouine un peu mieux l’anglais. Il dit qu’on se rendra à Paharganj et qu’on demandera à quelqu’un rendu sur place pour l’hôtel. Mon pif me dit qu’on peut avoir confiance. Quelques minutes plus tard, on arrête une seconde fois, cette fois à une station de service, et on y laisse un pneu pour réparation. On va y arriver…

Après ½ heure de route, on est presque rendu à Paharganj. Curieusement, les rues d’accès au quartier sont toutes bloquées par des barrières. Pas moyen d’y accéder. Nos pilotes ne se découragent pas, et ils réussissent à trouver un bureau touristique encore ouvert. Alexis y entre et je surveille nos sacs. Il ressort en disant qu’il a parlé avec quelqu’un de l’hôtel et qu’on ne peut pas s’y rendre car les rues sont bloquées et pleines d’eau. Le type au kiosque lui propose que la seule option est de prendre une chambre à l’extérieur du quartier pour la modique somme de près de 100$. La confiance est mise à rude épreuve. Je suggère plutôt qu’on nous dépose à l’entrée du quartier près de la gare. De là, je pense pouvoir trouver soit notre hôtel où tout du moins une chambre abordable, ayant séjourné ici l’an dernier.

Tout se passe bien, et voilà donc qu’on nous y dépose et qu’on se lance à pied. Faut voir le bon côté, on est plus légers avec un sac de moins . Le quartier est désolant. Les jeux du Commonwealth auront lieu à Delhi en octobre, et la ville se refait une beauté. Pour l’instant, c’est ressemble un peu à un champ de bataille avec des tas de pierres et de sable dans la rue et des devantures complètement défaites. Pas très réconfortant. Après quelques minutes, on aperçoit une pancarte indiquant « Rak Hotel, This Way ». J’avoue ressentir un certain soulagement. On cogne à la porte, on réveille les deux gardiens couchés sur le sol devant la réception, et on y entre.

Surprise, notre chambre nous attend, la climatisation fonctionne, et la douche aussi. Bon, je suis dégoulinant de sueur, mes vêtements sont détrempés et je n’ai pas de vêtements de rechange, et je suis épuisé, il est quatre heures du matin, et je suis debout depuis près de 36 heures. Mais je suis surtout soulagé d’être enfin arrivé.


Nous dormons jusqu’à midi le lendemain alors que le téléphone sonne (oui, nous avons un téléphone dans la chambre, rien de trop beau). Mon sac est à la réception! Je descends le récupérer, et toute cette saga est maintenant derrière nous. On est prêt pour tout maintenant. Du moins c’est ce que je pense…

Météo de l’âme

Voilà un peu plus d’un mois que je suis parti. J’ai vu des endroits magnifiques, rencontré des gens trippants et vécu des moments magiques. Cela dit, outre les aventures décrites dans mes entrées précédentes j’ai envie de faire état de quelques éléments de frustration, juste pour me vider le cœur, comme ça ce sera fait.

Je n’ai de possessions que ce qui entre dans mon sac à dos. Je réussi tout de même régulièrement à égarer plein de choses, notamment mes lunettes, ce qui n’aide pas pour retrouver lesdites choses. J’ai même réussi à perdre une paire de pantalons, une paire de bas, une orthèse pour soigner ma tendinite et un porte-savon (savon inclus). J’ai brisé trois stylos, j’ai déchiré mes pantalons (il faut que j’agence la couleur de mes bobettes à celle de mes pantalons), fendu mes bottes de marche et j’ai un guide de voyage archi-gondolé à cause de la pluie,

Il pleut. Il pleut souvent. Un peu trop. Assez pour causer de nombreux obstacles au transport routier. Assez pour causer plus de 100 morts et 500 blessés au Ladakh le 6 août dernier (il n’est pas sensé pleuvoir au Ladakh l’été), assez pour complètement changer mes plans car c’est justement au Ladakh que je comptais aller au début août et assez pour donner un ton général un peu gris au périple jusqu’à date. Tout est humide et le séchage des vêtements lavés peut prendre trois ou quatre jours et encore… Et moi qui partait me déposer à un endroit où il ferait sec et ensoleillé.

Il y a beaucoup d’Israéliens. Je ne mentionnerai qu’en passant leur ton trop souvent brusque, voire directif, ainsi que leur comportement qui manque, à mon sens, de politesse, et dans certains cas (et ce n’est pas seulement mon opinion) de savoir-vivre. Je ne veux pas ici faire de la politique ou encore faire le procès d’un peuple. Simplement, il y en a vraiment beaucoup, et ils se concentrent aux mêmes endroits, et souvent des endroits par ailleurs plutôt chouettes. Assez pour que les voyageurs décrivent ces endroits comme Little Israël ou Little Tel Aviv. Les pancartes des Guesthouse et des restaurants peuvent se lire en anglais et en hébreu, parfois seulement en hébreu. Ils prennent assez de place pour qu’on se sente une minorité visible, ce qui n’est pas très agréable. Il est donc de mise entre voyageurs de se donner des mises en garde quant au choix villages ou des quartiers ou rester. Dommage.



Dernier bémol, je me suis fait une mini-coupure sur un doigt au Spiti. Je vous entends dire que là vraiment, y fait moumoune un peu. En principe vous avez raison… mais la coupure s’est infectée au point où j’ai dû prendre quatre jours d’antibiotiques pour que mon doigt revienne à une taille normale.

Bon, ça fait du bien de le dire. Cela étant dit, je me sens très bien. J’ai quitté Alex il y a un peu plus de 10 jours, et le voyage seul, ca commence à rentrer. Je suis dans le coin de Dharamsala. De ces jours j’assiste tous les matins à une méditation guidée d’une durée d’une heure au temple Tushita en haut de la colline. Pour être plus prêt du temple et pour sortir du brouhaha de la ville, je suis déménagé au village de Dharmakot à trois kilomètres de MacLeod Ganj. J’habite un tout petit guesthouse familial, et j’y suis le seul résidant. La chambre me coûte 100 roupies la nuit, soit 2.30 $ canadiens. Outre la méditation, il n’y a pas beaucoup à faire dans le coin, surtout quand il pleut (hier, il a plu toute la journée). Je ne fais donc pas grand chose. Je lis, je dors, j’écris, je mange au petit resto népalais à deux pas d’ici, la journée y passe. S’il faisait sec et ensoleillé, je resterais ici des semaines. Mais il pleut, alors… Alors je ne sais pas. La météo de l’âme est passablement influencée par la météo extérieure. Je lis beaucoup, passant du spirituel au polar selon l’inspiration. Everything that is outside is inside and everything that is inside is outside lisais-je hier soir. En effet…

Leh m’appelle toujours, je pense donc retourner à Manali et voir si la route est praticable et prendre le pouls de gens qui reviennent du Ladakh pour évaluer la situation. Si ce n’est pas vers le Nord, ce devra être vers le Sud, et là, tout est ouvert. Faudra aller pas mal au Sud pour échapper à la mousson et je n’ai pas vraiment envie de faire de grandes distances. On n’y échappe pas, il y a toujours des choix à faire.