vendredi 11 février 2011

Bali, ou le paradis… perdu?

Vous aurez compris par le titre que j’ai été un peu déçu de Bali. Et pourtant… La nature y est généreuse : une belle mer chaude (bien que les plages ne soient pas les plus belles), des beaux endroits pour faire de l’apnée, des magnifiques volcans (toujours cachés par les nuages lors de mon passage), des superbes rizières, une architecture unique et des gens doux et sympathiques. Alors c’est quoi le problème Richard, top blasé?

Peut-être. Faut dire que ma dernière visite à Bali était en 1986 et que bien des choses ont changé. Beaucoup, beaucoup d’automobiles et encore plus de motos. La circulation est dense, et il est difficile d’y échapper peu importe où on se trouve sur l’île. Nous avons loué une auto pendant deux semaines. C’est très pratique, surtout en groupe, mais disons que ce n’est pas reposant. Puis, on n’a pas eu du très beau temps. Il a plu plus qu’à l’habitude, il faisait chaud et surtout très humide et le soleil s’est fait très rare. Mais surtout, l’industrie touristique est très très développée; c’est le moteur de l’économie de l’île et donc difficile de trouver des coins perdus ou un contact avec des gens qui ne vivent pas d’une façon ou d’une autre du tourisme. Ce n’est pas un endroit d’aventure, mais de vacances confortables… me faisait un peu penser à la Riviera Maya au Mexique où y’a plus d’hôtels que de maisons. Bon, j’exagère un peu, mais disons que je trouvais le tout trop « domestiqué » à mon goût.

Ce fut tout de même un endroit agréable pour des retrouvailles familiales. Ma fille Julia et Josée, sa mère, sont arrivées de Montréal, Michel, le conjoint de Josée nous a rejoint depuis le Népal, et mon fils Alexis quittait la Vietnam pour nous retrouver. Nous avions tous besoin de vacances (vous pensez que c’est de tout repos les voyage, je voudrais bien vous y voir…), alors ce fut une pause fort appréciée. J’étais très content de retrouver mes enfants, et nous avons eu énormément de plaisir ensemble. J’ai eu de profondes discussions existentielles avec Alexis qui fait un grand voyage de découvertes (de l’ailleurs et de lui-même). Un jeune homme réfléchi et posé, qui à 19 ans en a beaucoup plus sous la ceinture que j’en avais à cet âge. J’ai eu un plaisir fou à retrouver ma fille qui a un savant mélange de détermination et de joie de vivre qui m’enchante. On a bien rigolé ensemble… Bon, je ne suis assurément pas objectif, mais si je peux me permettre (c’est mon blogue après tout) je suis on ne peut plus fier d’eux et ça m’a fait un bien énorme de partager ce moment unique avec eux.

Je ne veux tout de même pas que vous pensiez que Bali n’a pas ces charmes. On a vu des cérémonies colorées tout à fait authentiques (pas un autre touriste sur place) où la musique du gamelan ponctue le rythme de danses enchanteresses. On a fait de l’apnée au milieu d’énormes bancs de poissons et de coraux multicolores. On s’est gavé de fruits de mer, de saté, et de bons légumes. Et puis, fêter Noël en famille, assister à un orage électrique ponctué de feux d’artifices un 31 décembre à minuit et célébrer le 18e anniversaire de sa fille en chantant Bonne fête à tue-tête sur le coin d’une rue en compagnie de bons amis, c’est quand même pas mal.

Disons qu’après l’Inde, le quotidien de Bali semblait un peu fade. Bali vit de tourisme et je ne suis pas parti pendant un an pour faire du tourisme… ça manque de piquant. En fait pourquoi suis-je parti? Pour me recentrer, pour vivre à un rythme plus lent, pour faire taire le bruit, pour la quête, pour réfléchir et contempler, pour savoir qui je suis sans tous les conforts et les obligations de « notre » vie et surtout pour ne pas rester dans un confort douillet qui a tendance à m’éloigner de l’essentiel. Mon voyage se voulait plus un pèlerinage qu’une tournée de pays et de sites exotiques.

Après six mois sur la route, après le repos et le bain de famille de Bali, après le départ de ma douce, je reprends donc mon bâton de pèlerin et je me déplacerai durant les prochaines semaines à pied. Je souhaite prendre le temps, un pas à la fois, de sentir le poids de mon bagage physique et psychique. J’ai envie que mon corps vive au rythme de la nature népalaise, qu’il sente le soleil, le vent et le froid, qu’il soit guidé et inspiré par la montagne.

Je quitte Katmandou demain, et j’ai très hâte à cette prochaine étape. Je vous en donne des nouvelles au retour.


C'est dans l'effort que l'on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire.
Gandhi

mercredi 9 février 2011

Il ya longtemps...

...que je n'avais pas donné signe de vie. Bonne nouvelle, après une pause de deux mois mon blogue reprend vie!! La dernière fois que j’ai écrit, je vous promettais un bilan de mes cinq mois en Inde, et vous l’aurez… mais pas tout de suite.



Aujourd’hui je fais simplement reprendre contact et faire un petit résumé de ce qui c’est passé depuis le début décembre. Je vous entends déjà me dire « T’es où? ». Curieux que vous êtes. Je vous laisse trois chances. Bali? Non, Bali c’est déjà du passé. La Thailande? Non, mais j’ai passé trois jours à Bangkok en chemin pour ici… Pas encore le Népal?
Petits futés, en plein dans le mille! Je suis assis dans un petit bar dans le quartier de Thamel de Katmandou à écouter de la musique lounge et à taper frénétiquement sur mon clavier tant j’ai de choses à vous dire.

Bon, les grandes lignes tout d’abord. Après l’arrivée de Marie-Claude à Goa le 7 novembre dernier, nous avons passé 5 semaines dans le sud de l’Inde avant de séjourner un mois à Bali où on a été rejoints par ma « famille étendue », soit mes deux enfants (Alexis et Julia) leur mère (Josée) et son conjoint (Michel). On est moderne ou on l’est pas! On a fêté Noël en grande famille après quoi des plus petits groupes se sont constitués selon le moment. On s’est tous retrouvés le 12 janvier pour fêter le 18e anniversaire de Julia, en compagnie d’amis de Marie-Claude (Ronald, Carl et Jean-Marc) qui séjournaient également à Bali à ce moment. Compliqué à suivre? Je vous en parle pour vous faire comprendre que le voyage solo a pris une autre tournure pendant cette période. Moins de temps à moi, et plutôt des vacances qu’un voyage (à vous d’y mettre votre propre définition) et vous expliquer ce long silence. Disons-que par bout c’était un peu comme être au chalet l’été quand les gens viennent faire un tour. Pas le meilleur moment pour l’introspection, ni de grandes aventures à conter. Bali aussi je vous en dirai quelques mots dans une autre chronique.

Le groupe s’est dissout mi-janvier. Josée, Michel et Julia sont rentrés au pays, Alex a poursuivi sa route en Indonésie et Marie-Claude et moi avons pris l’avion pour Katmandou avec un arrêt de quelques jours à Bangkok, à la fois pour retrouver un climat moins chaud et humide et pour terminer son voyage avec une autre découverte. Et le Népal, une fois de plus a exercé son charme. La vieille ville, les temples, un véritable musée vivant, et l’attrait de montagnes, visibles qu’à l’occasion, si près mais si loin, la gentillesse des gens, c’est encore magique.

Nous avons passé quelques jours à Katmandou et quelques jours à Pokhara, où le fait saillant fut un vol d’une demi-heure en parapente. Ce sont des vols en tandem alors rien à faire autre que de tripper et admirer le paysage. On part en haut d’une colline à quelques kilomètres de la ville et presque immédiatement on s’élève, propulsé par l’air chaud (les thermales) qui monte le long de la paroi. On se retrouve donc après quelques minutes à une centaine de mètres au-dessus de notre point de départ. À notre gauche les sommets de l’Annapurna Himal, à notre droit le lac Fewa; assez cool merci!


Nous avons terminé notre voyage de couple à Mumbai, d’où Marie-Claude prenait son vol de retour. Agréable surprise, la ville est plutôt propre, moderne et le trafic est assez ordonné. On a donc pu se balader en relative quiétude, ce qui est rare pour une ville indienne. Les vieux quartiers coloniaux de Fort et Colaba sont très beaux, le bord de l’eau est très bien aménagé et c’est somme toute une ville agréable à visiter. La boucle fut ainsi bouclée et me voilà donc à nouveau en voyage solo. Je me suis empressé de reprendre l’avion pour Katmandou, l’appel des montagnes et de la nature se faisant de plus en plus pressant.



Je passe donc mes journées à faire des achats en prévision d’une randonnée d’une dizaine de jours. Je compte partir pour la région du Langtang d’ici le 12 février. Je dois tout acheter ayant renvoyé tout ce que j’avais comme équipement plein air à la maison en octobre. Bottes de marche, sac de couchage, vêtements sous-vêtements et sur-vêtements chauds, ainsi qu’une foule de petits gugus dont je vous épargne les détails. J’ai bien hâte de partir. J’ai besoin de retrouver un espace de réflexion et de contemplation. Je ne sais pas si c’est illusoire de croire que je saurai être contemplatif à marcher 5 heures par jour avec une douzaine de kilos sur le dos, mais je tente ma chance. Je ne suis pas pressé alors je pourrai faire plus d’arrêts et prendre des journées de repos.

J’essaierai de mettre en ligne un autre texte d’ici le départ, si ce n’est que pour vous dire à quel point vous me manquez tous…

À bientôt donc.

dimanche 12 décembre 2010

Que des mots

Les vaches
Ce n’est pas tellement qu’il y en a des milliers. C’est juste qu’elles sont les reines de la place. Elles marchent dans le milieu de la rue, se couchent sur le pont piétonnier, et flânent devant les commerces. Les piétons, motos et autos les contournent, créant des bouchons qui ralentissent la circulation et causant des accidents. Pas question de les faire bouger. C’est curieux au début, puis frustrant, puis enfin, tout simplement une autre facette de la vie en Inde. Faut pas toujours chercher l’efficacité…

Des vaches partout, ça veut dire de la bouse de vache partout. Là aussi, à un moment donné, ça devient seconde nature de regarder par terre et de s’assurer de ne pas poser le pied au mauvais endroit. Je ne ressens même plus de dégout.

Ou presque.
Reste que, quand je vois une vache chier sur la place publique (c’est semi-liquide et ça tombe de haut, donc ça éclabousse), le cœur me lève un peu et je me dis que vraiment, c’est pas très hygiénique.

Et parfois, il faut enlever nos chaussures là où les vaches sont autorisées à circuler…

Arnoo
Arnoo est un Rajput (habitant du Rajasthan) de 24 ans. Je l’ai rencontré dans le bus pour Jaipur, la ville où il habite. Arnoo est de classe moyenne. Il parle plutôt bien l’anglais, est vêtu d’une chemise (relativement) propre et d’un jeans. Il travaille pour une grande banque indienne.

Son père est décédé il y a quatre ans. Chaque année, pour commémorer l’anniversaire du décès de son père, Arnoo et sa mère font un pèlerinage à Haridwar, une des nombreuses villes saintes située sur les rives du Ganges. Ils quittent Jaipur le soir vers 21 heures et arrivent à Haridwar le lendemain matin vers 10 heures. Ils passent la journée dans la ville, à faire des offrandes dans les temples et à servir de la nourriture aux mendiants. En fin d’après-midi, ils reprennent le bus pour faire les 13 heures qui les ramènera à Jaipur vers 6 heures AM. Arnoo m’assure qu’il prendra alors une douche, mangera le petit déjeuner et se rendra au travail.

Les « sleeper-bus »
Je n’avais jamais vu rien de tel. Sur un coté du bus, deux rangées superposées de «cabines» de 6 pieds de long (c’est serré un peu) et 2 pieds de large, des single sleepers. De l’autre coté, une vingtaine de sièges, et par-dessus, une autre série de cabines de 5 pieds de large, des double sleepers. Il y a soit des petits rideaux qu’on peut tirer et/ou des panneaux coulissants en « plexiglass » teints et nous voilà en pleine intimité pour roupiller.

J’ai fait quelques trajets en single sleeper, et j’avoue que j’ai plutôt bien dormi, sauf quand la route est très cahoteuse. C’est pas mal plus confortable qu’un banc qui s’incline plus ou moins. Souvent, de l’autre côté de l’allée centrale, une famille d’indiens partagent un double sleeper, donc pour le tarif de deux personne, les parents et deux enfants peuvent dormir relativement confortablement. Une bonne idée…

Les vieilles villes, les rues étroites et les motos
Les vieilles villes et leurs rues étroites, trop étroites pour que les autos puissent y circuler, c’est merveilleux. Mais la prolifération des motos les transforme en cauchemar. Les motos, les piétons et les vaches ne font pas un heureux mélange. Outre le danger (réel) de se faire frapper, car les jeunes hommes aiment bien rouler en cowboys, il y a les émanations de monoxyde de carbone, et surtout, le bruit. Le bruit des moteurs, mais surtout, surtout, les klaxons. Certains ont des tonalités extrêmement perçantes (mon père appelait les klaxons des criards; c’est assez à propos dans ce cas), d’autres encore se font poser des klaxons d’autos pour attirer davantage l’attention. De plus, il est dans la culture de klaxonner constamment. Me semble qu’il serait de mise de revoir cette cohabitation. Remarquez, c’est une opinion bien personnelle et celle d’un touriste…

Les téléphones portables
Il paraît qu’il y a plus de 600 millions de téléphones portables en Inde. Le coût à l’achat est minime, et le coût d’utilisation l’est également (moins de 2 cents la minute pour appeler à 400 km et moins de 15 cents la minute pour appeler aux États-Unis). Les gens les portent souvent à la main, et ils servent d’appareil photo, de lampe de poche, de livre d’adresse et de source de musique. Surtout, ils parlent au téléphone souvent et longtemps, en particulier dans les transports.

Quand on veut me donner une adresse ou un numéro de téléphone, on ne me demande jamais si j’ai un papier et un crayon. On me demande si j’ai un « mobile ». Quand je dis non, plus souvent qu’autrement, on me répète la question, incrédule…

La Polonaise
À Jaisalmer, j’ai rencontré une polonaise dont le nom m’échappe. C’est une jeune femme charmante et intelligente. Elle s’est amouraché d’un chamelier/homme à tout faire qui travaille pour l’hôtel où nous je logeais. Ils communiquent en anglais, donc chacun utilise sa langue seconde. Ils se sont rencontrés à l’hôtel il y a moins d’un mois. Elle a donc changée ses plans de voyage et elle reste à Jaisalmer pendant qu’elle remet sa vie en question. Elle étudie les possibilités de vivre en Pologne avec lui (I want to bring him to Poland, dit-elle), ou même ailleurs en Inde. Elle fait donc des démarches pour l’immigration, pour lui trouver un travail et elle envisage sérieusement la possibilité de se marier.

Sa famille et ses amis s’inquiètent pour elle. Ils ne peuvent pas comprendre me dit-elle; il n’est pas comme les autres…

Je lui ai souhaité bonne chance avec ses projets.

Les moustaches et les bijoux
Un sondage non-scientifique mené par la firme Touchette et Gosselin place la proportion d’Indiens portant la moustache (avec ou sans barbe, mais très majoritairement sans) à près de 85 %. De toutes les formes, des toutes minces aux plus touffues, c’est le symbole par excellence de la virilité indienne. Faut croire que leurs femmes aiment…

Les bijoutiers font des affaires en or (!) ici. Il y en a partout, les stars en font la promotion à la télé et sur des immenses panneaux-réclame et les femmes en portent tous. Faut croire que leurs maris aiment…

Sundaran
Sundaran est une dizaine d’amis sont partis en pèlerinage à vélo. Je les ai rencontrés alors qu’ils prenaient une pose pour boire une noix de coco sur le bord de l’autoroute. Sur des vieux vélos à une vitesse, ils parcourront les 450 kilomètres qui séparent Madurai de Chennai en cinq jours, s’arrêtant dans différents temples en chemin. Ils n’avaient pas de chaussures, aucun bagage, pas même des bouteilles d’eau. C’est vrai qu’on n’est jamais loin de la civilisation ici. Faut l’faire quand même…

jeudi 2 décembre 2010

Hampi

Classé site du patrimoine mondial par l’Unesco, Hampi est une collection de ruines de la cité de Vijayanagar, capitale de l’empire Telugu qui, à son apogée au début du 16e siècle, regroupait plus de 500 000 personnes. Elle fut partiellement détruite par un clan adverse au milieu du 16e siècle et n’a jamais retrouvé la gloire d’antan. Les constructions qui restent sont impressionnantes. Plus encore , ce qui fait le charme de Hampi c’est la morphologie particulière de l’endroit, un ramassis d’énormes roches perchés ici et là sur de nombreux kilomètres et le fait que c’est un petit village, donc un endroit où il fait bon se prélasser, ce que font de nombreux voyageurs.

Nous sommes restés 5 jours à Hampi, explorant les ruines à pied, en vélo et en mobylette. Magique! Il est difficile de rendre justice à un tel endroit, que ce soit en photo, ou par le biais d’un écrit. Le paysage est enchanteur, et chacun de temples de la cité, qui s’étend sur plusieurs kilomètres sur les deux rives de la rivière Tungabhadra, a sa propre personnalité. On y croise des colonies de singes, des chèvres se nourrissant des rares plantes épineuses qui poussent au sol, des pèlerins indiens et, chose très agréable, très peu de commerçants ambulants. On a tout de même fait la connaissance de Shan, un jeune garçon de 12 ans fort sympathique, parlant un anglais impeccable, un français ma foi plus qu’adéquat ainsi que les rudiments d’espagnol, d’italien et d’hébreu. Marie-Claude ayant le cœur plus tendre que le mien, le jeune homme a su lui soutirer quelques roupies pour l’achat de cartes postales qui feront le bonheur des ceux et celles qui trouvent la communication par blogue un peu impersonnelle…

Pour les lecteurs qui se demandent quelle aventure saugrenue j’ai pu vivre cette fois-ci, vous serez un peu déçu. Le voyage a pris un plus une teinte de vacances que d’aventure ces derniers jours. Un peu d’exploration, un peu de lecture, des rencontres agréables avec d’autres voyageurs en sirotant un jus lime-menthe (je vous le suggère, dosé avec la quantité de sucre de votre choix, servi froid, c’est vraiment excellent), beaucoup de photo, et les jours s’enfilent à un rythme doux et paisible.

J’ai tout de même deux anecdotes à partager avec vous. Tout d’abord Lakshmi. Lakshmi est un éléphant de 21 ans qui habite le temple de Virupaksha au centre du village de Hampi. En échange pour une pièce de monnaie que vous déposez dans sa trompe, Lakshmi posera celle-ci sur votre tête, en signe de bénédiction. Ne regardant pas la dépense, je me lance et dépose une pièce de deux roupies (5 cents) dans la dite trompe et je suis béni tel qu’annoncé. Un type s’approche de moi, et n’ayant pas vu que j’avais déjà complété la transaction, m’informe que l’éléphant peut sentir si on est un étranger ou un indien, et qu’il n’accordera la bénédiction aux premiers que si l’offrande est constituée d’un billet de 10 roupies ou plus. Je luis réponds que j’ai déjà eu droit à ladite bénédiction pour la modique somme de deux roupies. Ineffable, le monsieur me réplique que je n’ai pas eu la bénédiction complète, mais seulement une petite « touchette »… Ah bon… Faut croire que dans mon cas, c’est approprié…

La seconde anecdote est moins amusante. Après avoir gravi les 570 marches menant au Monkey Temple, fidèle à la pratique courante nous laissons nos chaussures à l’entrée avant de procéder à la visite. Vous l’aurez deviné, au retour, mes sandales n’y sont plus! Bon, il y a pire, mais je dois redescendre les 570 marches, retourner au village en moto puis marcher jusqu’au centre pieds nus, pas le grand confort. Plus encore, j’ai renvoyé mes bottes de marche au Québec dans un colis avec mes vêtements chauds. Donc, depuis un mois maintenant, je n’avais qu’une seule paire de chaussures, puis soudainement, aucune. J’ai donc dû acheter des gougounes à Hampi et attendre notre prochain arrêt à Bengalore avant de pouvoir racheter des sandales neuves.

En passant, si l’envie vous prend de vouloir visiter une ville indienne, ne choisissez pas Bengalore. Bruyant, pollué et moche, c’est tout ce que je trouve à dire. Prochaine destination, Fort Cochin et Allepey pour un tour de bateau sur les Backwaters, puis la plage à Varkala. Grosse vie sale quoi.

A+

Retrouvailles à Goa


Goa. LA plage de l’Inde. Les années 70 ont vu les hippies s’y établir pour l’hiver alors que le climat des montagnes de l’Himachal Pradesh devenait trop froid. Un endroit cool, laid-back où il fait bon passer le temps à pas faire grand-chose, et vivre à peu de frais tout en dégustant des fruits de mer et en sirotant une Kingfisher bien froide. Goa la douce a bien changée…

En fait, Goa c’est un état de l’Inde qui regroupe de nombreuses plages ayant des vocations diverses. Grosso modo, il y a les plages du Nord dont Arambol et Ajunta où les jeunes sont nombreux et l’esprit est à la fête. On peut encore y retrouver des soirées Rave qui, malgré les efforts des autorités pour réduire le niveau de bruit et de casse, voient les danseurs s’épancher sur la plage jusqu’à l’aurore. Puis, il y a les plages du centre qui accueillent les touristes européens pendant une semaine ou deux dans des hôtels en béton ou des « Resorts » de qualité variable. Beaucoup de jeunes Britanniques et de familles Russes. Enfin, il y a les plages du Sud, autour de Palolem, plus tranquilles, où le développement est plus modeste et le rythme plus doux.

Le 7 octobre dernier, ma dulcinée venait me rejoindre. Nous avons prévu environ six semaines dans le Sud de l’Inde et un autre six semaines en Indonésie. Afin de lui permettre un atterrissage en douceur, c’est à Goa, plus précisément à Agonda Beach, dans le Sud de l’état, que j’ai choisi de l’accueillir. Le moment était bien choisi pour moi aussi, car après un mois au Rajasthan, un petit brin de repos sur la plage me souriait.

La première semaine fut donc occupée par de longues marches sur la plage, la découverte de la cote en Scooter, le partage de bonnes bouffes et de Kingfishers (le vin n’est pas vraiment une option ici) et, et, … et c’est ça… La plage à Agonda est très belle. Bon, ce n’est pas le sable blanc et les lagons turquoise de la Thaïlande ou des Philippines, mais les cocotiers et les pins bordent une plage de deux kilomètres de sable fin faisant face à l’ouest où les couchers de soleil sont sublimes. La bouffe est bonne, les gens sont sympathiques et les vaches qui vagabondent sur la plage en fin de journée ajoutent un brin d’exotisme au séjour.

Ainsi commence donc le voyage à deux. C’est très agréable de retrouver Marie-Claude et de reprendre une relation de proximité. C’est également agréable de parler sa langue et de ne pas devoir se décrire et se raconter à chaque nouvelle rencontre. Et puis, elle est franchement de bonne compagnie ma blonde. Il y a par contre la nécessaire période d’adaptation. Ça fait quatre mois que je ne consulte personne pour tous les choix qui doivent se faire au quotidien. T’as faim? On mange où? Tu veux de la musique? Comment ça pas AC/DC? On part demain, non, après demain? On prend le train? Le bus? Celui de 10 heures ou 13 heures? Comment ça t’as fini la bouteille d’eau? Disons que j’avais pris un certain rythme et qu’il a fallu un peu de réajustement avant de retrouver un équilibre à deux.

J’avais aussi pris l’habitude d’écrire et de mettre à jour mes photos régulièrement. Les dernières semaines le temps semble filer entre mes mains et je n’ai pas su trouver le temps de vaquer à ces occupations. De plus, je partage déjà mes aventures avec quelqu’un donc je ressens moins le besoin de me confier à vous. Je me suis cependant promis de reprendre le collier et voici donc ma première mouture, juste pour vous dire où j’en suis. Je me promets de vous faire part très bientôt de mes impressions du Sud de l’Inde, en commençant par Hampi, un endroit tout simplement magique. D’ici là je mettrai en ligne quelques photos sur Picasa pour vous mettre l’eau à la bouche.
Je vous rappelle l’adresse :

http://picasaweb.google.com/110733021561570113813

mercredi 3 novembre 2010

Encore le bus

La dernière (dans le sens de plus récente; j’ai comme une vague impression qu’il y en aura d’autres)histoire de bus! J’achète, dans une agence, un billet pour le bus de nuit Jodhpur-Bundi. Le type fait la réservation sur Internet et m’imprime le relevé, tout ce qu’il y a de plus professionnel. Il m’explique que je dois me rendre à la gare de Poata. Le soir venu, je me trouve un auto-rickshaw (petit trois roues appelé aussi tuk-tuk)pour me rendre à la dite gare. Government bus stand me dit le chauffeur. No, private bus stand, VK Jain bus company, je lui réponds. Il en discute avec ses collègues chauffeurs de tuk-tuk, et chacun à son tour vient m’affirmer que Poata c’est pour les autobus publics. Je ne peux que répéter ce que le type de l’agence m’a dit et pointer du doigt l’endroit sur mon papier où c’est inscrit Poata Office. Ils en discutent encore pendant que j’essaie d’analyser mes options. Je ne vois pas d’autre choix que d’insister et de demander à d’autres chauffeurs jusqu’à ce que j’en trouve un qui connaît. Pourtant, ils sont déjà 6 ou 7 à débattre de la question. Bon, au pis aller, je passerai une autre nuit à Jodhpur et retournerai à l’agence le lendemain matin. Ce n’est pas mon scénario préféré, mais je ne vois pas ce que je peux faire d’autre.

Après quelques minutes de discussions, il y a en un qui s’avance et qui me dit OK,OK. OK, OK??? OK OK what? Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais au moins ça bouge. J’embarque avec lui, ayant réussi à faire baisser le prix des 80 roupies demandé à 50. On roule un bon 10 à 15 minutes et nous voilà rendus aux abords de la ville. Je ressens une pointe d’angoisse; c’est vraiment pas bien éclairé ici et je n’ai franchement pas la moindre idée où on est. Le chauffeur parle peu anglais et a une gueule pas particulièrement sympathique. Je respire par le nez et me rappelle que jusqu’à date, ça finit toujours, malgré les apparences, par marcher. Après 20 minutes, il arrête sur le bord de la route où se trouvent une quinzaine de kiosques alignés. Ce n’est certes pas une gare d’autobus, mais il y des gens avec des bagages. Il me pointe une des kiosques du doigt. C’est bien inscrit VK Jain. Je lui remets 50 roupies, et un 10 de plus. Il m’affiche un large sourire, me serre la main, puis repart dans la nuit.

Je me dirige vers le kiosque et remets mon beau papier officiel au préposé, qui indique que j’ai une réservation. Il le regarde d’un air dubitatif pendant ce qui me semble être une éternité. Ma pointe d’angoisse, tout récemment disparue, refait rapidement surface (elle n’était pas si loin après tout) et j’interpelle le préposé avec un regard mi point d’interrogation mi-supplication. It’s OK dis-je? Il hoche la tête comme seuls les indiens savent le faire, plie mon papier, et le met sous la pile. Bus coming in 15 minutes, you wait me sert-il comme réponse. Do I need a ticket, some paper to show in the bus? No. Bon, ça devrait aller… j’espère… Pas clair me dit la petite voix fatigante et source d’angoisse. Ta gueule je lui réponds. On s’assoit, la petite voix et moi, on prend une gorgée d’eau et on attend en regardant le spectacletoujours surprenant qu’est le quotidien par ici.

Il ya des bus de diverses compagnies qui arrêtent, et à chaque fois je regarde le préposé, mais pas de veine, il faudra angoisser encore un peu… Finalement, j’entends Kota-Kota, Bundi-Bundi! C’est le mien. La destination finale est Kota, on arrêtera à Bundi vers 5h30 du matin. Ma petite voix me dit de prendre garde de ne pas manquer l’arrêt à Bundi. D’accord lui dis-je, je veille au grain.

Je me rends à ma couchette et m’installe. La route est très cahoteuse, difficile de dormir. J’écoute donc un peu de musique et finit par m’endormir vers 1 ou 2 heures. J’essaie de garder une oreille ouverte, mais suis confiant que l’arrêt à Bundi sera assez long pour que je ne le manque pas. Erreur. Lorsque j’entends Bundi-Bundi, je commence à ramasser mes affaires. L’autobus arrête 15 secondes, personne ne débarque et un jeune homme embarque. On est au milieu de nulle part, alors je me dis qu’on n’est pas tout à fait rend. Erreur. Le bus repart. Après deux minutes, je ne vois pas signe d’une ville. Je prends donc la précaution de me rendre à l’avant du bus et demander Bundi here? Le chauffeur me regarde d’un air hébété. Il arrête et je comprends que Bundi, c’était l’arrêt d’il y a deux minutes. Here, here me dit-il. Where can I get a rickshaw? Un passager (indien) du bus semble indiquer au chauffeur de me déposer un peu plus loin à la gare de train. Ça discute ferme. À ce moment, un monsieur conduisant une mobylette apparaît et un autre individu (ils sortent d’où tous ces gens) me convie à embarquer sur la mobylette. Je comprends que pour 20 roupies, le type de déposerait à l’arrêt d’autobus. D’accord. C’est donc avec mon gros sac sur le dos et mon petit sac sur une épaule que j’enfourche la petite moto, et on y va. Pas trop vite monsieur, on centre de gravité est fortement vers l’arrière! No problem, no problem! No problem for you… Je réussis à tenir le coup pour les deux kilomètres qu’il faut pour retourner à l’endroit où sont les autos-rickshaws. Je débarque, suis immédiatement entouré de gens dont la plupart sont des chauffeurs qui veulent que je retienne leurs services. Il y en a un par contre qui me somme de payer le monsieur 50 roupies plutôt que les 20 convenus. Incroyable. Je me demande à chaque fois « D’où tu sors, pis de quoi tu t’mêles!?? ». Enfin, on règle pour 20 roupies, puis je dépose mes choses sur le bord d’un muret et décide de prendre une petite pose avant de poursuivre, histoire de reprendre un semblant de contrôle sur la situation.

Après la pause, je me rends (sans histoire) à un hôtel choisi au hasard dans le guide. Je prends une chambre plutôt ordinaire, mais comme il est 6h30 du matin, que je suis fatigué, pas question de faire le difficile. Je dormirai jusqu’à midi. La fin de cette histoire c’est que je me ferai piquer toute la nuit suivante dans cette piaule et que je devrai changer d’hôtel le lendemain. La fin de la fin de cette histoire c’est qu’un Israélien sympathique rencontré à Rishikesh me recommandera un hôtel tout neuf qui fait des prix imbattables pour des chambres toutes propres. Tout s’arrange toujours dis-je à me petite voix. On verra bien me dit-elle, on verra bien…

lundi 25 octobre 2010

Pushkar/Jaisalmer

Je suis crevé. Depuis une semaine, je suis en pays chaud. Il ne fait qu’entre 30 et 35 degrés, ce qui est loin des près des 50 degrés qu’il fait en saison chaude, mais je traine de la patte. J’ai peu d’énergie. Je n’ai pas faim. Par contre, j’ai constamment soif, tellement que j’organise ma journée autour d’endroits dans la ville qui offrent des bons jus froids et/ou de la crème glacée. Je n’ai pas envie de faire de visites, et moi qui rêvait, il y a à peine deux semaines, de chaleur, me voila qui regarde mon polar avec une pointe de mélancolie.

Mais il n’y a pas que la chaleur. Il y a la sollicitation constante et insistante des vendeurs et commerçants de tout acabit. Yes, yes please, hello, hello friend, hello brother, namaste, where you from… from France? Bonjour!... from Spain? Buenas dias!... from Belgium (allez savoir… j’ai l’air d’un Belge moi?). You need something? You want water, juice, good food, sunset view, cheap room, souvenir, rickshaw, postcard, internet, phone call, shirt, pants, shoeshine, bus ticket, train ticket, cheap flight, jewelry, photo, camel safari…? What you want? You looking for? Good price, cheap price, how much you pay, how much you want, why you don't want, when you come, how long you stay, why you go, where you go… oufffffff… Il y a aussi les guides qui commencent à vous expliquer toutes sortes de trucs dès que vous regardez un attrait touristique et à qui il faut dire non merci. Soit qu’ils insistent, soit qu’ils vous regardent d’un air peiné ou plus souvent insulté, soit qu’ils vous demandent une contribution en invoquant la charité. Enfin, il y a les mendiants. Les enfants, les femmes avec des bébés, les mutilés de tout genre. Roupie, money, sweet, chocolat, pen, chapati, you name it.

Même les gens de l’hôtel, bien que gentils, sont plutôt insistants. Dès que je sors de ma chambre le matin, c’est : You want breakfast? Yes please. You want lunch later? I don’t know right now. You want drink? Not right now. You come back for dinner? Gee Mom, I don’t know… I’ll call you, OK? Même qu’à Pushkar, quand je leur ai dit que je quittais le lendemain, le jeune homme m’a dit No, you should stay a few more days. Bon, je n’en suis pas à mes premières armes, et je comprends qu’ils vivent tous de tourisme, mais je n’ai pas vraiment envie de rendre des comptes à tout un chacun. Et puis, merde, à la fin c’est tellement gazant qu’on n’a presque pas le choix que d’arrêter de répondre à un moment donné, et même d’éviter le contact des yeux ou un regard vers la boutique. Je marche donc, d’un pas décidé, allant je ne sais où, car je n’ai pas pu regarder autour sans me faire harceler, et dans le fond, j’ai simplement envie de flâner paisiblement, ce qui ne semble pas possible.

Je suis bien conscient que tous ces gens tentent de gagner leur vie. Outre leurs méthodes, qui tendent à me repousser plutôt que de m’attirer, il y a simplement trop de gens qui dépendent du tourisme. La vieille ville à l’intérieur des remparts du fort de Jaisalmer est très belle, sauf que tout y est commerce. Pas moyen d’errer tranquillement dans les ruelles car dès qu’on arrête, on est accosté, même chose si on prend des photos, ils viennent voir ce qui attire tant votre attention, prétexte pour commencer une conversation qui se veut une invitation à faire un achat.

Une petite anecdote pour terminer. J’attends le bus de nuit qui part de Pushkar en destination de Jaisalmer. Un jeune homme discute avec moi pendant une bonne vingtaine de minutes. Il parle bien l’anglais, et il se débrouille pas mal en français. On parle de tout et de rien, il a voyagé à plusieurs endroits en Inde et me fait part de ces impressions, qui correspondent pas mal aux miennes. Quelques minutes avant l’arrivée du bus, il me dit que sa famille est propriétaire de la compagnie d’autobus et qu’ils ont un guesthouse à Jaisalmer. Il me remet un dépliant de l’hôtel Desert et me dit qu’une jeep du guesthouse se rend tous les matins à l’arrivée du bus pour y cueillir gratuitement les clients potentiels, ce qui évite les désagréments d’avoir affaire aux nombreux entremetteurs qui attendent inévitablement l’arrivée des bus . Je lui ai dit que j’en prenais bonne note et que verrais rendu sur place.


À quelques kilomètres avant l’arrivée à Jaisalmer, un type embarque dans l’autobus et avise les passagers qu’il y a toute sorte d’arnaqueurs qui promettent soit une chambre à bon marché ou un transport gratuit vers le centre, mais qu’en fait il n’y a rien de gratuit, qu’ils devront débourser un montant exorbitant à l’arrivée et qu’il vaut mieux aller avec lui, son taxi les déposera pour 5 roupies, au centre. Il ajoute que certain arnaqueurs ont des acolytes à Pushkar qui sont de la partie, pour nous piéger. Hmmm…. Quelques secondes après, un autre type vient jusqu’à ma place dans le bus et en m’adressant par mon nom, me dit qu’il est là pour me conduire à l’hôtel Desert, tel que convenu, et que si je connais d’autres passagers que ce serait bien de les inviter avec nous. Ça fait travailler son petit côté parano…

Reste que et Pushkar et la forteresse de Jaisalmer sont des endroits à voir. Faut juste être prêt à travailler fort.