samedi 14 mai 2011

La Superbe

Cette fois, les mots seront nettement insuffisants. Les photos aussi. Il aurait fallu faire un film, mais je n’ai ni l’équipement, ni le talent, ni les compétences nécessaires. Et encore; je ne suis pas certain que le résultat eut été à la hauteur. De quoi vous vous demandez? Bon, je me lance…

Le 7 mars dernier, mon fils Alexis me rejoint à Katmandou. Nous quittons le surlendemain pour Pokhara d'où nous réglons les derniers détails de sorte à être fins prêts. Le 12 mars, ça y est, nous prenons le bus pour Besisahar, point de départ du légendaire « Tour des Annapurnas ».

Le sentier, connu par les amateurs de randonnée pédestre depuis plus de 40 ans, fait une boucle presque complète autour du massif des Annapurnas en suivant deux chemins jadis utilisés par les caravaniers pour effectuer le commerce entre l’Inde et le Tibet. En général, les randonneurs montent la vallée de la rivière Marysangdi, puis traversent le Thorung La, un col de 5416 mètres, pour rejoindre, et par la suite redescendre, la vallée de la rivière Kali Gandaki. Autrefois, il fallait mettre une vingtaine de jours pour compléter le circuit. Depuis quelques années cependant, une route gruge inexorablement le trajet. Aussi, pour la majorité des gens, la randonnée se termine maintenant après une dizaine de jours à Muktinath, le premier village après le col. Le retour par la vallée de la Kali Gandaki se fait donc généralement en bus plutôt qu’à pied.

Depuis mon retour de la randonnée dans la vallée du Langtang quelques semaines plus tôt, je me meurs de repartir en trekking. Cette fois cependant nous serons deux, et je me dis que le séjour sera différent. La barre est haute; Lantang avait été magnifique. J’étais loin de me douter que je vivrais une expérience encore plus marquante. Je passerai les quatre prochaines semaines à marcher, à réfléchir, à discuter, à vivre un magnifique périple physique, émotif et spirituel, au milieu d’un paysage grandiose. Une randonnée extraordinaire ou mon corps et mon esprit ont ressenti des marées de pure joie et sur ce fond, un moment de partage père-fils privilégié tel que j’ai l’impression d’être parti avec un fils et d’être revenu avec un ami.

Pourtant, ça commence sans grand éclat. Les deux ou trois premiers jours, je peine à trouver mon rythme. Mon sac à dos me semble lourd, j’ai mal au dos et aux genoux, et mon niveau d’énergie est faible. Nous marchons parfois sur la route, ce qui n’est pas très inspirant, et plus encore, le bruit fréquent des pelles mécaniques et des marteaux-pilons m’agresse. Je vois bien que le circuit n’est plus ce qu’il était. Le développement, panacée pour les uns, est une triste nouvelle pour les autres.

Au fil des jours cependant, le paysage sonore et visuel change dramatiquement. Je commence du même coup à trouver mon rythme. À partir du quatrième jour, alors qu’on approche des 3000 mètres d’altitude, nous quittons pour de bon la route et l’énergie est toute autre. Nous marchons plus ou moins à la même cadence que ce qui est suggéré par le guide de voyage, mais moins d’heures par jour. Quand nous ne marchons pas, nous discutons. Nous partageons tous deux une même curiosité intellectuelle de sorte que tout est sujet à discussion. Les échanges sont francs et surtout très stimulants. Et, quand nous trouvons que nous avons assez parlé, nous laissons errer notre regard et nous restons simplement assis, bouche bée, à contempler le paysage.

Lors d’une journée de repos dans le superbe village d’Upper Pisang, une collection de vieux bâtiments en pierre perchés à flanc de montagne, je suis assis à contempler l’imposant sommet d’Annapurna II qui se dresse devant moi, culminant à presque 5000 mètres plus haut. La vue est magique, et d’immenses sommets enneigés dominent le paysage. L’air est plus frais ici et l’oxygène se fait plus rare. L’énergie des hautes montagnes m’enveloppe et me berce, et je me sens en paix. Graduellement, je réalise que mon regard se détourne des hauts sommets pour se porter de plus en plus vers la vallée en amont et le sentier qui nous mènera vers le col. Je sens l’appel du Thorong La à quatre jours de marche d’où nous sommes. Nous nous devons de le traverser, sans quoi nous devrons revenir sur nos pas. Si c’est le cas, nous ne serons pas les premiers et je suis prêt à l’accepter. Le mal d’altitude peut frapper n’importe qui, n’importe quand. Il y a certaines règles à respecter, dont la vitesse d’ascension et les paliers d’acclimatation, mais rien n’est garanti. Je reste assis à baigner dans les derniers rayons de soleil de la journée. Un mélange jouissif d’ivresse et d’appréhension m’envahit et je me sens attiré comme par un aimant.

À partir de ce moment, l’expérience s’intensifie. Je vivrai la prochaine semaine comme une douce séduction, en proie à la fois à une grande excitation et à une toute aussi grande nervosité. J’ai une folle envie de me précipiter vers le col, mais je suis tellement bien que j’ai envie de faire durer le plaisir. Nous faisons quelques excursions à l’écart du sentier principal, et les paysages, jusqu’alors simplement merveilleux, deviennent époustouflants. La journée à Ice Lake, à 4600 mètres, puis les trois jours pour se rendre et revenir de Tilicho Lake, à tout près de 5000 mètres nous permettent de découvrir de spectaculaires paysages de haute montagne. Je me sens dans un état de grâce.




Après une journée de repos à Manang, nous reprenons la route vers le col avec un sentiment d’euphorie. L’effort devient plus exigeant, le froid plus intense, et je savoure chaque moment. Nous ralentissons notre rythme non pas parce que c’est difficile, mais pour respecter les paliers d’acclimatation, et surtout parce que nous ne voulons pas que la danse se termine. Les deux derniers jours avant le jour fatidique, nous ne marchons que deux heures par jour. Le reste de la journée nous attendons. L’attente est sublime.

Et pendant tout ce temps, nous échangeons à propos de sujets aussi légers que le sens de la vie, le pouvoir de la perception et les défis auxquels nous nous mesurons afin de tenter de vivre heureux. Nos échanges sont riches et touchants, empreints de respect, d’ouverture et de vulnérabilité. Et plus nous approchons du col, plus ce que nous vivons chaque jour et le fruit de nos discussions se fondent en un seul et même récit et nous mène à la réflexion suivante :

Tout change. Inexorablement. Pourtant, dans notre quête du bonheur, nous tentons de stabiliser et de contrôler le plus de choses possible dans notre vie. Mais nous n’y arrivons que rarement, et jamais pour longtemps.
La seule chose que nous pouvons contrôler cependant, c’est comment nous regardons le monde. À quoi nous attachons de l’importance. Quels qualificatifs nous attribuons aux événements et aux gens.

Ces choix sont fondamentaux. Et tant qu’à choisir, autant choisir d’accepter ce qui est , de comprendre que ce qui est changera, et de croire, vraiment croire, que les changements qui ont, et qui auront cours, sont les meilleurs qui puissent être.

L’énergie des montagnes nous inspirant, c’est dans cet esprit que nous vivrons le reste de la randonnée. Nous choisissons d’accepter et d’aimer. Chaque jour, nous optons d’apprécier la vue, le ciel bleu, les nuages, le lit dur, les oreillers confortables ou pas, le vent, la chaleur, la nourriture sans fioriture qu’on nous sert, le froid, le peu de gens sur le sentier, la neige ou l’absence de neige... Tout est merveilleux.

Vous me direz que c’est nettement plus facile de faire ce choix dans le contexte d’une randonnée au Népal en plein cœur d’une année sabbatique que dans la vraie vie. Je vous l’accorde.
Je ne sais pas à quel point je réussirai à intégrer ce point de vue quand je serai de retour. Je sais que ce sera un défi. Je sais cependant que j’ai touché à quelque chose qui m’a fait énormément de bien et que ça vaut tous les efforts d’essayer de le maintenir. Pour que la vie soit merveilleuse, il faut croire, à chaque moment, que la vie est merveilleuse…

Chaque jour nous rapproche du col, et l’un de l’autre. Mes sens sont surexcités et en même temps un calme profond s’empare de mon être. La veille de la traversée, nous nous trouvons à Thorong Phedi à 4 540 mètres avec une cinquantaine d’autres trekkers et il règne dans l’auberge une fébrilité palpable. Chacun se sent unit aux autres de par le défi qui nous attend le lendemain, et en même temps, chacun se sent seul.


Le matin du 30 mars, nous nous réveillons tôt et un coup d’œil rapide par la fenêtre nous confirme la bonne nouvelle. Le ciel est d’un bleu resplendissant; on y va! La première heure est ardue. Le sentier est abrupt et nous avons le souffle court. Nous marchons avec Mike, un Américain, et Tanguy et Sylvie, un couple français. C’est agréable d’avoir de la compagnie, mais il faut prendre garde de ne pas être influencé par la cadence des autres et maintenir son propre rythme. Nous faisons un arrêt au «High camp», une auberge à 4800 mètres, le dernier point de ravitaillement avant le col. Nous y croiserons un couple d’Allemands, Hans et Ulrike, qui y logent depuis quatre jours. Depuis leur arrivée, Ulrike a des ennuis gastriques et ils ont choisi de patienter sur place plutôt que de redescendre. Ce matin, elle est vraiment mal en point et ils décident de faire appel à un hélicoptère pour la transporter à l’hôpital de Pokhara. Du même coup, Mike est pris d’une soudaine diarrhée et Sylvie régurgite son petit déjeuner.

Nous nous reposons quelques minutes. Je sens tout d’un coup le sérieux de notre aventure, et je prends le temps de me palper, mais pas trop. Je me sens bien, et j’ai hâte de recommencer à marcher. Ne pouvant les aider davantage, nous souhaitons bonne chance aux deux allemands, et notre petit groupe reprend le sentier. Que de destins différents se croisent quand on est en voyage. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ça aurait pu être moi. Mais ce ne l’est pas, et l’effort me ramène à mon corps et au moment présent. Plus on monte, plus l’effet de l’altitude se fait sentir et plus chaque pas demande un effort. Alexis semble en pleine forme, il sera la locomotive du groupe jusqu’au col. Pour ma part, je maintiens le rythme et je me sens en parfaite harmonie avec mon corps. L’effort est soutenu mais la forme y est. À chaque pause, je me remémore les mots que le vent, messager venant de plus haut dans la vallée, m’a soufflés il y a quelques jours à Upper Pisang :

Marche vers moi comme tu marches vers toi-même. Respectueusement, tendrement, mais avec une détermination inébranlable.

Je repars, le pas léger et le sourire aux lèvres. Nous mettrons quatre heures à rejoindre le col. Quatre heures de souffrance. Quatre heures d’extase. Quatre heures parfaites. Au moment de réaliser qu’il ne reste plus que quelques mètres à faire, une vague d’émotion déferle sur mon corps tout entier et des larmes de joie coulent le long de mes joues. Je serre mon fils dans mes bras, je m’abandonne à la sensation, et je sais que ce moment de vie sera à tout jamais inscrit dans tous les pores de ma peau.

Il y a, tenez vous bien, un « tea shop » au haut du col! Nous partageons donc le thé et l’immense satisfaction que nous ressentons, avec les autres randonneurs qui s’y trouvent. La descente de 1800 mètres se fera en quatre heures et sera tout aussi éprouvante que la montée, mes genoux peuvent en témoigner. Je suis content d’arriver à l’auberge, mais suis habité par un curieux mélange de satisfaction et de tristesse. Satisfait d’avoir vécu pleinement cette dernière semaine, et triste de savoir que cette portion du voyage, cette tranche de vie, est déjà terminée.



Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu le veux, mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux.
Épictète

Le temps passe et un jour on est vieux et puis seul, et rien ne reste plus, que la fierté d’avoir aimé correctement…
Jean Leloup

vendredi 11 mars 2011

Freak show

Le 2 mars dernier, c’était la grande fête de Shivaratri. Le meilleur endroit à Katmandou pour le vivre et faire un bain de foule c’est à Pashupatinath, principal temple hindou de la vallée. On me dit que des dizaines de milliers de pèlerins s’y rendront pour prier. Il doit en outre y avoir des milliers de sadhus (voir en bas de texte pour une définition) venus de tous les coins du Népal et de l’Inde qui participeront à cette grande fête.

Je saute donc dans un taxi (pourquoi faut-il sauter dans un taxi au juste, on ne peut pas y monter tout doucement?) destination Pashupatinath. Première indication de comment se passera ma journée, le chauffeur doit me déposer à 15 minutes de marche du temple, pas possible de s’aventurer plus près, toutes les rues sont fermées. Je me doutais qu’il y aurait du monde, mais là, y’a du monde… Je suis rapidement englouti dans une vague de milliers de gens qui déferle vers le temple. L’expérience est à vrai dire un peu inquiétante. Je ne contrôle pas du tout mes mouvements, sauf pour tenter de garder mon équilibre et de pousser ceux qui tentent de se diriger en direction contraire. Je crains un peu pour mon porte-monnaie et mon appareil photo, mais je n’y peux grand-chose. La vague me transportera pendant une dizaine de minutes et me déposera sain et sauf, malgré moi, à quelques mètres de l’entrée pour touristes. Ouff…

Il y a deux endroits principaux dans le complexe du temple. Le temple proprement dit, réservé aux Hindous, et les abords de la rivière, où se font les crémations et où tous peuvent accéder. Il y a une interminable file d’attente pour entrer dans l’enceinte du temple. Les portes ouvrent à trois heures du matin et resteront ouvertes pendant plus de 24 heures pour permettre aux fidèles de témoigner de leur adoration pour Shiva. On me dira par après que plus de 500 000 personnes auront visité le site cette journée là. C’est presque autant qu’à la Marche 2/3!

Ne voulant pas faire la file pendant de longues heures, et, par surcroît, n’étant pas Hindou, je me dirige plutôt vers la rivière. Là encore il y a des milliers de personnes. C’est difficile d’avancer et encore plus difficile de s’arrêter car policiers et militaires sont là pour faire circuler et éviter la création de bouchons monstres. Je me demande pourquoi il y a tant de gens de ce côté, et surtout pourquoi 90% de ces gens sont des jeunes hommes, ce qui diffère de la file à l’entrée du temple composée davantage de femmes et de gens plus agés. Je ne devrai pas attendre longtemps pour avoir ma réponse. Il y a des centaines de sadhus assis ici et là, tous occupés à rouler et à vendre des joints. Aujourd’hui, et seulement aujourd’hui, les officiels tolèrent la vente et la consommation de cannabis. Les jeunes s’en donnent donc à cœur joie. Plus la soirée avance, plus les jeunes sont désinhibés et plus ça ressemble à « Spring Break » où les universitaires américains descendent en gang en Floride où à Cancun pour faire la foire. Ça rit, ça hurle, ça se rassemble autour des sadhus (rendus pas mal stoned à ce stade) et ça se moque d’eux en prenant des photos. Plutôt irrévérencieux.

Il n’y a pas si longtemps, ces «Saints hommes» faisaient partie du paysage quotidien de la vie au Népal, même à Katmandou. En une génération, ils semblent être devenus, pour les jeunes citadins, au mieux de simples objets de curiosité anachroniques, au pire de ridicules pantins.

S’il est vrai que leur apparence est très particulière et leur choix de vie pour le moins hors de l’ordinaire, la nature de leur cheminement et de leur quête a toujours fasciné et suscité le respect de la population locale et des étrangers. Les temps changent. Le modernisme remplace rapidement les traditions millénaires. On est à remplacer les dévots par les stars et les temples par les centres d’achats. On y perd assurément quelque chose, si ce n’est que le respect des ainés et de leurs choix, et la quête spirituelle par la recherche du « look ». Pourtant, la sagesse et l’expérience ont surement leur place dans l’échelle des valeurs d’un peuple. Ou peut-être tout cela n’est que l’opinion de quelqu’un qui vieillit… Quoi qu’il en soit, j’ai tout de même senti qu’on n’était pas loin du freak show.

Dommage.

Le sadhu (du sanskrit sādhu, « homme de bien, saint homme ») est, en Inde, celui qui a renoncé à la société pour se consacrer au but ultime de toute vie, selon l'hindouisme, l'arrêt du cycle des renaissances et la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique. En tant que renonçants, ils coupent tout lien avec leur famille, ne possèdent rien ou peu de choses, s'habillent d'un longhi, d'une tunique, de couleur safran pour les shivaïtes, jaune ou blanche pour les vishnouites, symbolisant la sainteté, et parfois de quelques colliers. Ils n'ont pas de toit et passent leur vie à se déplacer sur les routes de l'Inde et du Népal, se nourrissant des dons des dévots.

lundi 7 mars 2011

Lantang... le voyage intérieur

Je vous ai relaté, dans ma dernière chronique, les détails factuels de ma randonnée dans la Lantang Himal. Cette fois, tournons-nous un peu vers l’intérieur pour voir ce qui s’y trouve, histoire de mieux saisir l’impact d’une telle aventure.

Je suis tenté de résumer le tout en disant simplement que je me suis senti bien, vraiment bien. Un sentiment d’être au bon endroit au bon moment. Mais encore dîtes-vous… OK. Je me suis senti tour à tour excité, serein, comblé, exalté, privilégié, profondément calme et euphorique. Bref, j’ai pogné un osti d’buzz.

Bien des choses y ont contribué et c’est difficile de les démêler, car elles font toutes parties de l’expérience d’une randonnée en montagne au Népal. Je me lance tout de même…
Tout d’abord, en soi, le fait d’être dans la nature fait effet. L’air est pur, pas d’autos, pas de motos, en fait, pas de moteurs. Souvent, lorsque je m’arrête sur le sentier, pas un bruit. Le calme, la paix, la sérénité. Il y a beaucoup moins de stimuli qu’en ville, donc plus de place pour se poser doucement et se laisser bercer. De plus, il y a peu de gens qui font ce trek à ce moment de l’année, donc je baigne dans un espace de grande tranquillité. Mon esprit s’apaise et je me satisfais pleinement d’être là où je suis plutôt que de me demander ce que je ferai dans quelques minutes, dans quelques heures ou même dans quelques mois.

Puis le paysage. Vaste, grandiose, inspirant. La montagne attire le regard vers le haut. Je me sens littéralement soulevé. Mon corps est léger malgré la fatigue et les 12 kilos que je porte sur le dos. Il y a de l’horizon, du ciel. Je peux, plus souvent qu’autrement, voir loin. La bordée de neige accentue l’effet de la lumière à cette altitude et tout est resplendissant. L’effet sur le moral se fait sentir. Je dois me pincer pour me rappeler à quel point je suis chanceux d’être ici.

Et puis, il y a le rythme de la marche. Il y a, pour moi, quelque chose d’essentiel dans une longue randonnée. Parcourir un chemin de nombreuses journées, ça se vit à la fois dans le corps, dans la tête et dans l’âme. Plus encore, il y a, dans le fait de déambuler à la vitesse de ses pas, quelque chose de pure et de rassurant qui permet de goûter intensément chaque moment.

Les métaphores avec la Vie sont peut-être faciles et peu originales, mais ça ne les rend pas moins vraies.
Qu’il fasse beau ou moins beau, que le sentier soit facile ou difficile, que je sois fatigué ou pas, il me suffit, une fois la direction choisie, de mettre un pied devant l’autre. Je ne me pose plus de questions, il n’y a plus de doutes, il n’y a que le plaisir d’avoir choisi, et de suivre, sa voie.
Quand il fait beau, je savoure. Je prends le temps de m’arrêter, de respirer et de regarder, et il monte en moi un sentiment de plénitude et de gratitude.
Quand le temps est moins clément, je baisse la tête, et je continue de mettre un pied devant l’autre. C’est futile de pester contre le mauvais temps, ça ne fait que rendre l’expérience plus difficile. Il n’y a qu’à l’accepter et à poursuivre sa route avec détermination. Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement disait Bouddha. L’acceptation de cette grande vérité est plus facile dans la nature. Ça se sent dans les trippes.

Durant cette marche j’ai (re)trouvé mon rythme. L’objectif final existe, mais il est loin. Il n’y a pas de temps défini pour franchir les étapes. Il n’y a donc pas d’obligation de résultat pour aujourd’hui outre peut-être celui d’être présent. En fait, même l’objectif final, ce n’est qu’un prétexte, une orientation qui permet d’entamer le mouvement. Il importe relativement peu si je me rends où pas, il n’y a que la route. Ayant cette perspective, je ne mesure pas la distance parcourue ni celle qu’il me reste à parcourir. Je n’ai pas hâte d’arriver car je suis submergé par car ce que je vis, ici et maintenant. La marche devient en sorte une méditation active.

Et elle est active. Il ne faudrait pas que je vous donne l’impression qu’une telle randonnée ne demande pas un effort physique soutenu. C’est quand même de nombreuses heures de marche par jour, plus de 3000 mètres de montée (et de descente…) et un confort rudimentaire. Cet effort est en fait directement lié au sentiment de bien-être. Selon Wikipédia, « les endorphines, ou endomorphines, sont des composés opioïdes peptidiques endogènes. Elles sont secrétées par l'hypophyse et l'hypothalamus chez les vertébrés lors d'activité physique intense, excitation, douleur et orgasme. Elles ressemblent aux opiacés par leur capacité analgésique et à procurer une sensation de bien-être ». Il paraît que la quantité d'endorphines augmente pendant l'exercice et atteint cinq fois les valeurs de repos, 30 à 45 minutes après l'arrêt de l'effort et que les sports d'endurance sont les plus endorphinogènes. Mens sana in corpore sano disaient les romains.

Voilà donc en quelques lignes les mots qui me viennent pour décrire l’expérience. Reste que comme pour toute expérience, les mots nous manquent pour décrire le ressenti, et c’est bien ainsi car il faut le faire pour le vivre. Sur ce, je prépare ma prochaine randonnée. D’ici quelques jours je pars pour le circuit de l’Annapurna avec mon fils Alexis qui vient de me rejoindre il y a quelques jours.



OOOOOOOOoooooooommmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm!!!

jeudi 3 mars 2011

Lantang... le voyage extérieur

Premier trek au Népal depuis 1986. Bien que je sois venu de nombreuses fois depuis, c’était dans le cadre du travail, donc pas le temps requis pour ce type d’activité. Je me sens d’attaque, mais avant tout, je dois décider si je transporte tout mon bagage où si j’embauche un porteur? Il fera assurément froid, il est encore tôt en saison et je monterai à plus de 4000 mètres. J’aurai donc besoin de beaucoup de vêtements chauds. Cela dit, je coucherai dans des lodges, qui, pour la plupart, offrent un confort semblable aux refuges des sentiers pédestres ou de ski de fond du Québec (sans chauffage cependant, mais avec des couvertes!), donc pas de stock de camping et peu ou pas de nourriture.

Je décide finalement de tester le tout par une (relativement) courte randonnée dans les montagnes du Langtang Himal. Je choisis de partir seul, sans porteur ni guide, histoire d’être plus libre de mes mouvements et de ne pas avoir à négocier ou à m’expliquer quant au temps de départ, au nombre d’heures de marche, aux arrêts,… et voir ce dont je suis capable. J’irai lentement, parcourant en 10 jours ce que les livres suggèrent se fait en 7 ou 8 jours.

Je fais tous les achats requis à Katmandou, car j’ai tout renvoyé on linge chaud à Montréal en octobre dernier. J’essaie de ne pas être trop chargé, mais je ne sais pas exactement ce qui m’attend. On me dit que la température devrait être élevée le jour et qu’il n’y aura pas de neige à ce temps de l’année, outre sur les sommets des montagnes qui m’entoureront. On verra bien…

Je quitte donc un beau matin de la mi-février pour un mémorable voyage d’autobus qui franchira les 150 kilomètres me séparant de Syabrubesi, le point de départ de la rando,… en 10 heures! Voyage plutôt pénible, mais c’est le prix à payer. Je suis accompagné d’un couple de jeunes britanniques, Matt et Rachel. Ils sont très sympathiques, et eux, de l’équipement, ils en ont. Matt travaille à temps partiel dans un magasin de plein air, et il achète toutes les nouveautés sur le marché. Ils semblent les deux fins prêts, et je me demande si j’arriverai à les suivre, bien qu’il n’y ait pas d’engagement de part et d’autre.


Syabrubesi possède le charme de ces petits villages de montagne qui sont à la fois le bout de la route et le début du sentier. On y sent une certaine fébrilité de la part des randonneurs qui entameront la piste le lendemain et le mélange de fatigue, de fierté et de sérénité qui règne autour de ceux qui en sont revenus. J’ai très hâte de partir, mais curieusement, mon estomac ne partage pas mon enthousiasme. Le Dahl Bhat mangé il y a quelques heures ne passe pas bien. Je vous éviterai les détails, mais après une nuit mouvementée, je décide de reporter mon départ d’une journée et je passerai l’essentiel de mon temps à dormir.

Je me sens mieux le lendemain quoique un peu faible, mais pas question de retarder le départ. En fin de journée, on n’aura fait que la moitié de la distance suggérée par la Bible - le Lonely Planet « Trekking in the Nepal Himalaya - mais je trouve que c’est bien assez. Le paysage est agréable, mais pas dramatique. On se croirait dans l’ouest canadien, avec de nombreux conifères et des parois rocheuses plutôt abruptes. La deuxième journée on ne marchera que moins de trois heures et mes amis ont de la difficulté à trouver un bon rythme. Je me trouve à les attendre fréquemment. C’est bon pour l’égo, mais l’égo n’a pas sa place ici. Les bienfaits du plein air se font déjà sentir, je commence à me détendre et à apprécier chaque moment.

En début d’après-midi il commence à pleuvoir, puis à grêler. Je passerai la journée à placoter avec les gens qui se trouvent au lodge et à regarder le ciel changer de couleur aux 10 minutes. Il y a peu de gens sur le sentier. Tout d’abord, la région ne reçoit qu’une fraction des randonneurs qui viennent au Népal chaque année. On parle de 100 000 marcheurs vers le camp de base de l’Everest, 60 000 dans la région de l’Annapurna contre seulement 5 000 au Langtang. De plus on est encore hors saison. Octobre-novembre est de loin la période la plus populaire, suivi de mars-avril. Durant tout le trek, il n’y aura jamais plus de quatre étrangers dans les endroits où je loge et parfois je serai seul.

Surprise, le lendemain matin, il neige légèrement. Deuxième surprise, mes compagnons m’annoncent qu’ils redescendent. C’est vrai que ça s’annonce un peu plus costaud qu’anticipé. S’il neige ici à 2 400 mètres, il y aura certainement encore plus de neige en altitude. Bon, c’est pas un peu de neige qui va m’arrêter, alors je poursuis ma route seul. Le sentier devient de plus en plus difficile, la neige s’accumulant rapidement. Je décide donc d’arrêter vers 13 heures et d’attendre que la tempête s’essoufle. Pas de répit de la journée, le soir venu il y a au moins 20 cm au sol. Je m’endors donc sans trop savoir ce qui m’attendra le lendemain.

Le matin suivant, je suis réveillé par une lumière éblouissante qui illumine ma petite chambre. Il fait un temps splendide. Le ciel est d’un bleu azur et le reste du paysage est drapé de blanc. Ce serait une magnifique journée de ski de fond, mais il faudra plutôt marcher. Pendant deux jours je monterai dans la neige jusqu’au dernier village à 3850 mètres. Le spectacle est magnifique, les couleurs étincelantes et la sensation enivrante. Je me sens extraordinairement bien. Je resterai à Kyanjin Gompa 2 ½ jours et je monterai jusqu’à 4 700 mètres.

Assis, seul au sommet de Kianjin Ri, je me sens privilégié. Il y a des moments où tout semble parfait et les mots ne suffisent pas pour décrire le sentiment de plénitude qui m’habite.

Je dévalerai en trois jours les 2 500 mètres jusqu’à Syabrubesi, mon point de départ. Mes genoux en prendront pour leur rhume, mais malgré le fait que je sens encore un peu de douleur 6 jours plus tard, je veux absolument retourner en montage. J’y ai retrouvé quelque chose d’essentiel. Mais ça, ce sera l’objet de ma prochaine chronique.



Once in their lifetime, every person should journey to a place where legends live, where everything is bigger than life.
Alpiniste anonyme

vendredi 11 février 2011

Bali, ou le paradis… perdu?

Vous aurez compris par le titre que j’ai été un peu déçu de Bali. Et pourtant… La nature y est généreuse : une belle mer chaude (bien que les plages ne soient pas les plus belles), des beaux endroits pour faire de l’apnée, des magnifiques volcans (toujours cachés par les nuages lors de mon passage), des superbes rizières, une architecture unique et des gens doux et sympathiques. Alors c’est quoi le problème Richard, top blasé?

Peut-être. Faut dire que ma dernière visite à Bali était en 1986 et que bien des choses ont changé. Beaucoup, beaucoup d’automobiles et encore plus de motos. La circulation est dense, et il est difficile d’y échapper peu importe où on se trouve sur l’île. Nous avons loué une auto pendant deux semaines. C’est très pratique, surtout en groupe, mais disons que ce n’est pas reposant. Puis, on n’a pas eu du très beau temps. Il a plu plus qu’à l’habitude, il faisait chaud et surtout très humide et le soleil s’est fait très rare. Mais surtout, l’industrie touristique est très très développée; c’est le moteur de l’économie de l’île et donc difficile de trouver des coins perdus ou un contact avec des gens qui ne vivent pas d’une façon ou d’une autre du tourisme. Ce n’est pas un endroit d’aventure, mais de vacances confortables… me faisait un peu penser à la Riviera Maya au Mexique où y’a plus d’hôtels que de maisons. Bon, j’exagère un peu, mais disons que je trouvais le tout trop « domestiqué » à mon goût.

Ce fut tout de même un endroit agréable pour des retrouvailles familiales. Ma fille Julia et Josée, sa mère, sont arrivées de Montréal, Michel, le conjoint de Josée nous a rejoint depuis le Népal, et mon fils Alexis quittait la Vietnam pour nous retrouver. Nous avions tous besoin de vacances (vous pensez que c’est de tout repos les voyage, je voudrais bien vous y voir…), alors ce fut une pause fort appréciée. J’étais très content de retrouver mes enfants, et nous avons eu énormément de plaisir ensemble. J’ai eu de profondes discussions existentielles avec Alexis qui fait un grand voyage de découvertes (de l’ailleurs et de lui-même). Un jeune homme réfléchi et posé, qui à 19 ans en a beaucoup plus sous la ceinture que j’en avais à cet âge. J’ai eu un plaisir fou à retrouver ma fille qui a un savant mélange de détermination et de joie de vivre qui m’enchante. On a bien rigolé ensemble… Bon, je ne suis assurément pas objectif, mais si je peux me permettre (c’est mon blogue après tout) je suis on ne peut plus fier d’eux et ça m’a fait un bien énorme de partager ce moment unique avec eux.

Je ne veux tout de même pas que vous pensiez que Bali n’a pas ces charmes. On a vu des cérémonies colorées tout à fait authentiques (pas un autre touriste sur place) où la musique du gamelan ponctue le rythme de danses enchanteresses. On a fait de l’apnée au milieu d’énormes bancs de poissons et de coraux multicolores. On s’est gavé de fruits de mer, de saté, et de bons légumes. Et puis, fêter Noël en famille, assister à un orage électrique ponctué de feux d’artifices un 31 décembre à minuit et célébrer le 18e anniversaire de sa fille en chantant Bonne fête à tue-tête sur le coin d’une rue en compagnie de bons amis, c’est quand même pas mal.

Disons qu’après l’Inde, le quotidien de Bali semblait un peu fade. Bali vit de tourisme et je ne suis pas parti pendant un an pour faire du tourisme… ça manque de piquant. En fait pourquoi suis-je parti? Pour me recentrer, pour vivre à un rythme plus lent, pour faire taire le bruit, pour la quête, pour réfléchir et contempler, pour savoir qui je suis sans tous les conforts et les obligations de « notre » vie et surtout pour ne pas rester dans un confort douillet qui a tendance à m’éloigner de l’essentiel. Mon voyage se voulait plus un pèlerinage qu’une tournée de pays et de sites exotiques.

Après six mois sur la route, après le repos et le bain de famille de Bali, après le départ de ma douce, je reprends donc mon bâton de pèlerin et je me déplacerai durant les prochaines semaines à pied. Je souhaite prendre le temps, un pas à la fois, de sentir le poids de mon bagage physique et psychique. J’ai envie que mon corps vive au rythme de la nature népalaise, qu’il sente le soleil, le vent et le froid, qu’il soit guidé et inspiré par la montagne.

Je quitte Katmandou demain, et j’ai très hâte à cette prochaine étape. Je vous en donne des nouvelles au retour.


C'est dans l'effort que l'on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire.
Gandhi

mercredi 9 février 2011

Il ya longtemps...

...que je n'avais pas donné signe de vie. Bonne nouvelle, après une pause de deux mois mon blogue reprend vie!! La dernière fois que j’ai écrit, je vous promettais un bilan de mes cinq mois en Inde, et vous l’aurez… mais pas tout de suite.



Aujourd’hui je fais simplement reprendre contact et faire un petit résumé de ce qui c’est passé depuis le début décembre. Je vous entends déjà me dire « T’es où? ». Curieux que vous êtes. Je vous laisse trois chances. Bali? Non, Bali c’est déjà du passé. La Thailande? Non, mais j’ai passé trois jours à Bangkok en chemin pour ici… Pas encore le Népal?
Petits futés, en plein dans le mille! Je suis assis dans un petit bar dans le quartier de Thamel de Katmandou à écouter de la musique lounge et à taper frénétiquement sur mon clavier tant j’ai de choses à vous dire.

Bon, les grandes lignes tout d’abord. Après l’arrivée de Marie-Claude à Goa le 7 novembre dernier, nous avons passé 5 semaines dans le sud de l’Inde avant de séjourner un mois à Bali où on a été rejoints par ma « famille étendue », soit mes deux enfants (Alexis et Julia) leur mère (Josée) et son conjoint (Michel). On est moderne ou on l’est pas! On a fêté Noël en grande famille après quoi des plus petits groupes se sont constitués selon le moment. On s’est tous retrouvés le 12 janvier pour fêter le 18e anniversaire de Julia, en compagnie d’amis de Marie-Claude (Ronald, Carl et Jean-Marc) qui séjournaient également à Bali à ce moment. Compliqué à suivre? Je vous en parle pour vous faire comprendre que le voyage solo a pris une autre tournure pendant cette période. Moins de temps à moi, et plutôt des vacances qu’un voyage (à vous d’y mettre votre propre définition) et vous expliquer ce long silence. Disons-que par bout c’était un peu comme être au chalet l’été quand les gens viennent faire un tour. Pas le meilleur moment pour l’introspection, ni de grandes aventures à conter. Bali aussi je vous en dirai quelques mots dans une autre chronique.

Le groupe s’est dissout mi-janvier. Josée, Michel et Julia sont rentrés au pays, Alex a poursuivi sa route en Indonésie et Marie-Claude et moi avons pris l’avion pour Katmandou avec un arrêt de quelques jours à Bangkok, à la fois pour retrouver un climat moins chaud et humide et pour terminer son voyage avec une autre découverte. Et le Népal, une fois de plus a exercé son charme. La vieille ville, les temples, un véritable musée vivant, et l’attrait de montagnes, visibles qu’à l’occasion, si près mais si loin, la gentillesse des gens, c’est encore magique.

Nous avons passé quelques jours à Katmandou et quelques jours à Pokhara, où le fait saillant fut un vol d’une demi-heure en parapente. Ce sont des vols en tandem alors rien à faire autre que de tripper et admirer le paysage. On part en haut d’une colline à quelques kilomètres de la ville et presque immédiatement on s’élève, propulsé par l’air chaud (les thermales) qui monte le long de la paroi. On se retrouve donc après quelques minutes à une centaine de mètres au-dessus de notre point de départ. À notre gauche les sommets de l’Annapurna Himal, à notre droit le lac Fewa; assez cool merci!


Nous avons terminé notre voyage de couple à Mumbai, d’où Marie-Claude prenait son vol de retour. Agréable surprise, la ville est plutôt propre, moderne et le trafic est assez ordonné. On a donc pu se balader en relative quiétude, ce qui est rare pour une ville indienne. Les vieux quartiers coloniaux de Fort et Colaba sont très beaux, le bord de l’eau est très bien aménagé et c’est somme toute une ville agréable à visiter. La boucle fut ainsi bouclée et me voilà donc à nouveau en voyage solo. Je me suis empressé de reprendre l’avion pour Katmandou, l’appel des montagnes et de la nature se faisant de plus en plus pressant.



Je passe donc mes journées à faire des achats en prévision d’une randonnée d’une dizaine de jours. Je compte partir pour la région du Langtang d’ici le 12 février. Je dois tout acheter ayant renvoyé tout ce que j’avais comme équipement plein air à la maison en octobre. Bottes de marche, sac de couchage, vêtements sous-vêtements et sur-vêtements chauds, ainsi qu’une foule de petits gugus dont je vous épargne les détails. J’ai bien hâte de partir. J’ai besoin de retrouver un espace de réflexion et de contemplation. Je ne sais pas si c’est illusoire de croire que je saurai être contemplatif à marcher 5 heures par jour avec une douzaine de kilos sur le dos, mais je tente ma chance. Je ne suis pas pressé alors je pourrai faire plus d’arrêts et prendre des journées de repos.

J’essaierai de mettre en ligne un autre texte d’ici le départ, si ce n’est que pour vous dire à quel point vous me manquez tous…

À bientôt donc.

dimanche 12 décembre 2010

Que des mots

Les vaches
Ce n’est pas tellement qu’il y en a des milliers. C’est juste qu’elles sont les reines de la place. Elles marchent dans le milieu de la rue, se couchent sur le pont piétonnier, et flânent devant les commerces. Les piétons, motos et autos les contournent, créant des bouchons qui ralentissent la circulation et causant des accidents. Pas question de les faire bouger. C’est curieux au début, puis frustrant, puis enfin, tout simplement une autre facette de la vie en Inde. Faut pas toujours chercher l’efficacité…

Des vaches partout, ça veut dire de la bouse de vache partout. Là aussi, à un moment donné, ça devient seconde nature de regarder par terre et de s’assurer de ne pas poser le pied au mauvais endroit. Je ne ressens même plus de dégout.

Ou presque.
Reste que, quand je vois une vache chier sur la place publique (c’est semi-liquide et ça tombe de haut, donc ça éclabousse), le cœur me lève un peu et je me dis que vraiment, c’est pas très hygiénique.

Et parfois, il faut enlever nos chaussures là où les vaches sont autorisées à circuler…

Arnoo
Arnoo est un Rajput (habitant du Rajasthan) de 24 ans. Je l’ai rencontré dans le bus pour Jaipur, la ville où il habite. Arnoo est de classe moyenne. Il parle plutôt bien l’anglais, est vêtu d’une chemise (relativement) propre et d’un jeans. Il travaille pour une grande banque indienne.

Son père est décédé il y a quatre ans. Chaque année, pour commémorer l’anniversaire du décès de son père, Arnoo et sa mère font un pèlerinage à Haridwar, une des nombreuses villes saintes située sur les rives du Ganges. Ils quittent Jaipur le soir vers 21 heures et arrivent à Haridwar le lendemain matin vers 10 heures. Ils passent la journée dans la ville, à faire des offrandes dans les temples et à servir de la nourriture aux mendiants. En fin d’après-midi, ils reprennent le bus pour faire les 13 heures qui les ramènera à Jaipur vers 6 heures AM. Arnoo m’assure qu’il prendra alors une douche, mangera le petit déjeuner et se rendra au travail.

Les « sleeper-bus »
Je n’avais jamais vu rien de tel. Sur un coté du bus, deux rangées superposées de «cabines» de 6 pieds de long (c’est serré un peu) et 2 pieds de large, des single sleepers. De l’autre coté, une vingtaine de sièges, et par-dessus, une autre série de cabines de 5 pieds de large, des double sleepers. Il y a soit des petits rideaux qu’on peut tirer et/ou des panneaux coulissants en « plexiglass » teints et nous voilà en pleine intimité pour roupiller.

J’ai fait quelques trajets en single sleeper, et j’avoue que j’ai plutôt bien dormi, sauf quand la route est très cahoteuse. C’est pas mal plus confortable qu’un banc qui s’incline plus ou moins. Souvent, de l’autre côté de l’allée centrale, une famille d’indiens partagent un double sleeper, donc pour le tarif de deux personne, les parents et deux enfants peuvent dormir relativement confortablement. Une bonne idée…

Les vieilles villes, les rues étroites et les motos
Les vieilles villes et leurs rues étroites, trop étroites pour que les autos puissent y circuler, c’est merveilleux. Mais la prolifération des motos les transforme en cauchemar. Les motos, les piétons et les vaches ne font pas un heureux mélange. Outre le danger (réel) de se faire frapper, car les jeunes hommes aiment bien rouler en cowboys, il y a les émanations de monoxyde de carbone, et surtout, le bruit. Le bruit des moteurs, mais surtout, surtout, les klaxons. Certains ont des tonalités extrêmement perçantes (mon père appelait les klaxons des criards; c’est assez à propos dans ce cas), d’autres encore se font poser des klaxons d’autos pour attirer davantage l’attention. De plus, il est dans la culture de klaxonner constamment. Me semble qu’il serait de mise de revoir cette cohabitation. Remarquez, c’est une opinion bien personnelle et celle d’un touriste…

Les téléphones portables
Il paraît qu’il y a plus de 600 millions de téléphones portables en Inde. Le coût à l’achat est minime, et le coût d’utilisation l’est également (moins de 2 cents la minute pour appeler à 400 km et moins de 15 cents la minute pour appeler aux États-Unis). Les gens les portent souvent à la main, et ils servent d’appareil photo, de lampe de poche, de livre d’adresse et de source de musique. Surtout, ils parlent au téléphone souvent et longtemps, en particulier dans les transports.

Quand on veut me donner une adresse ou un numéro de téléphone, on ne me demande jamais si j’ai un papier et un crayon. On me demande si j’ai un « mobile ». Quand je dis non, plus souvent qu’autrement, on me répète la question, incrédule…

La Polonaise
À Jaisalmer, j’ai rencontré une polonaise dont le nom m’échappe. C’est une jeune femme charmante et intelligente. Elle s’est amouraché d’un chamelier/homme à tout faire qui travaille pour l’hôtel où nous je logeais. Ils communiquent en anglais, donc chacun utilise sa langue seconde. Ils se sont rencontrés à l’hôtel il y a moins d’un mois. Elle a donc changée ses plans de voyage et elle reste à Jaisalmer pendant qu’elle remet sa vie en question. Elle étudie les possibilités de vivre en Pologne avec lui (I want to bring him to Poland, dit-elle), ou même ailleurs en Inde. Elle fait donc des démarches pour l’immigration, pour lui trouver un travail et elle envisage sérieusement la possibilité de se marier.

Sa famille et ses amis s’inquiètent pour elle. Ils ne peuvent pas comprendre me dit-elle; il n’est pas comme les autres…

Je lui ai souhaité bonne chance avec ses projets.

Les moustaches et les bijoux
Un sondage non-scientifique mené par la firme Touchette et Gosselin place la proportion d’Indiens portant la moustache (avec ou sans barbe, mais très majoritairement sans) à près de 85 %. De toutes les formes, des toutes minces aux plus touffues, c’est le symbole par excellence de la virilité indienne. Faut croire que leurs femmes aiment…

Les bijoutiers font des affaires en or (!) ici. Il y en a partout, les stars en font la promotion à la télé et sur des immenses panneaux-réclame et les femmes en portent tous. Faut croire que leurs maris aiment…

Sundaran
Sundaran est une dizaine d’amis sont partis en pèlerinage à vélo. Je les ai rencontrés alors qu’ils prenaient une pose pour boire une noix de coco sur le bord de l’autoroute. Sur des vieux vélos à une vitesse, ils parcourront les 450 kilomètres qui séparent Madurai de Chennai en cinq jours, s’arrêtant dans différents temples en chemin. Ils n’avaient pas de chaussures, aucun bagage, pas même des bouteilles d’eau. C’est vrai qu’on n’est jamais loin de la civilisation ici. Faut l’faire quand même…