lundi 25 octobre 2010

Pushkar/Jaisalmer

Je suis crevé. Depuis une semaine, je suis en pays chaud. Il ne fait qu’entre 30 et 35 degrés, ce qui est loin des près des 50 degrés qu’il fait en saison chaude, mais je traine de la patte. J’ai peu d’énergie. Je n’ai pas faim. Par contre, j’ai constamment soif, tellement que j’organise ma journée autour d’endroits dans la ville qui offrent des bons jus froids et/ou de la crème glacée. Je n’ai pas envie de faire de visites, et moi qui rêvait, il y a à peine deux semaines, de chaleur, me voila qui regarde mon polar avec une pointe de mélancolie.

Mais il n’y a pas que la chaleur. Il y a la sollicitation constante et insistante des vendeurs et commerçants de tout acabit. Yes, yes please, hello, hello friend, hello brother, namaste, where you from… from France? Bonjour!... from Spain? Buenas dias!... from Belgium (allez savoir… j’ai l’air d’un Belge moi?). You need something? You want water, juice, good food, sunset view, cheap room, souvenir, rickshaw, postcard, internet, phone call, shirt, pants, shoeshine, bus ticket, train ticket, cheap flight, jewelry, photo, camel safari…? What you want? You looking for? Good price, cheap price, how much you pay, how much you want, why you don't want, when you come, how long you stay, why you go, where you go… oufffffff… Il y a aussi les guides qui commencent à vous expliquer toutes sortes de trucs dès que vous regardez un attrait touristique et à qui il faut dire non merci. Soit qu’ils insistent, soit qu’ils vous regardent d’un air peiné ou plus souvent insulté, soit qu’ils vous demandent une contribution en invoquant la charité. Enfin, il y a les mendiants. Les enfants, les femmes avec des bébés, les mutilés de tout genre. Roupie, money, sweet, chocolat, pen, chapati, you name it.

Même les gens de l’hôtel, bien que gentils, sont plutôt insistants. Dès que je sors de ma chambre le matin, c’est : You want breakfast? Yes please. You want lunch later? I don’t know right now. You want drink? Not right now. You come back for dinner? Gee Mom, I don’t know… I’ll call you, OK? Même qu’à Pushkar, quand je leur ai dit que je quittais le lendemain, le jeune homme m’a dit No, you should stay a few more days. Bon, je n’en suis pas à mes premières armes, et je comprends qu’ils vivent tous de tourisme, mais je n’ai pas vraiment envie de rendre des comptes à tout un chacun. Et puis, merde, à la fin c’est tellement gazant qu’on n’a presque pas le choix que d’arrêter de répondre à un moment donné, et même d’éviter le contact des yeux ou un regard vers la boutique. Je marche donc, d’un pas décidé, allant je ne sais où, car je n’ai pas pu regarder autour sans me faire harceler, et dans le fond, j’ai simplement envie de flâner paisiblement, ce qui ne semble pas possible.

Je suis bien conscient que tous ces gens tentent de gagner leur vie. Outre leurs méthodes, qui tendent à me repousser plutôt que de m’attirer, il y a simplement trop de gens qui dépendent du tourisme. La vieille ville à l’intérieur des remparts du fort de Jaisalmer est très belle, sauf que tout y est commerce. Pas moyen d’errer tranquillement dans les ruelles car dès qu’on arrête, on est accosté, même chose si on prend des photos, ils viennent voir ce qui attire tant votre attention, prétexte pour commencer une conversation qui se veut une invitation à faire un achat.

Une petite anecdote pour terminer. J’attends le bus de nuit qui part de Pushkar en destination de Jaisalmer. Un jeune homme discute avec moi pendant une bonne vingtaine de minutes. Il parle bien l’anglais, et il se débrouille pas mal en français. On parle de tout et de rien, il a voyagé à plusieurs endroits en Inde et me fait part de ces impressions, qui correspondent pas mal aux miennes. Quelques minutes avant l’arrivée du bus, il me dit que sa famille est propriétaire de la compagnie d’autobus et qu’ils ont un guesthouse à Jaisalmer. Il me remet un dépliant de l’hôtel Desert et me dit qu’une jeep du guesthouse se rend tous les matins à l’arrivée du bus pour y cueillir gratuitement les clients potentiels, ce qui évite les désagréments d’avoir affaire aux nombreux entremetteurs qui attendent inévitablement l’arrivée des bus . Je lui ai dit que j’en prenais bonne note et que verrais rendu sur place.


À quelques kilomètres avant l’arrivée à Jaisalmer, un type embarque dans l’autobus et avise les passagers qu’il y a toute sorte d’arnaqueurs qui promettent soit une chambre à bon marché ou un transport gratuit vers le centre, mais qu’en fait il n’y a rien de gratuit, qu’ils devront débourser un montant exorbitant à l’arrivée et qu’il vaut mieux aller avec lui, son taxi les déposera pour 5 roupies, au centre. Il ajoute que certain arnaqueurs ont des acolytes à Pushkar qui sont de la partie, pour nous piéger. Hmmm…. Quelques secondes après, un autre type vient jusqu’à ma place dans le bus et en m’adressant par mon nom, me dit qu’il est là pour me conduire à l’hôtel Desert, tel que convenu, et que si je connais d’autres passagers que ce serait bien de les inviter avec nous. Ça fait travailler son petit côté parano…

Reste que et Pushkar et la forteresse de Jaisalmer sont des endroits à voir. Faut juste être prêt à travailler fort.

dimanche 24 octobre 2010

C’est la fête!

Il y a les rituels, il y a les cérémonies religieuses et il y a la fête. Parfois, tout ça se chevauche, comme se fut le cas pour la dernière journée de Dussehra. Lors de la Dussehra, qui dure 7 jours, on commémore la victoire de Rama sur Ravanasoit. La dernière journée, le tout culmine en un gros party. Il y a de la musique traditionnelle toute la journée, puis en fin d’après midi, la musique devient plus rapide et plus rythmée et la danse commence. Pour ajouter aux festivités, on lance de la poudre aux couleurs vives sur les participants, et les spectateurs.

Voilà donc que je me promenais innocemment sur le bord du Ganges à Rishikesh, et que j’entends cette musique endiablée. Je me dirige vers la place publique et je croise deux jeunes étrangères, complètement recouvertes de poudre rose et jaune. Perspicace comme je suis, je me dis qu’il doit se passer quelque chose de particulier dans les parages. N’écoutant que mon courage, je me dirige vers la source de la musique d’un pied ferme. Je n’aurai fait qu’une vingtaine de pas avant d’être assailli par un jeune bambin qui, affichant un large sourire, m’étend une poignée de poudre rose au visage. Si j’avais l’intention de rester un peu à l’écart, c’est foutu. En fait, si on veut rester à l’écart, vaut mieux choisir un autre pays à visiter, mais ça c’est une autre histoire.


Je n’ai que le temps de prendre quelques photos et me voilà au centre d’une procession qui transporte trois effigies de déités vers le fleuve. Les chants deviennent fiévreux, les cris fusent de partout et les pétards éclatent de touts côtés. De toute évidence, les normes de sécurité ne sont pas les mêmes que chez nous et j’avoue avoir eu la frousse à quelques moments. Reste que c’est vraiment festif et très très coloré. Le tout se termine alors que les statues sont submergées dans le Ganges, les plus braves accompagnant les statues à quelques mètres dont un avec une veste de flottaison. Je rentre donc à ma chambre, je prends une douche rapide, histoire de retrouver ma couleur de peau normale et je repars pour la suite des festivités.

Cette fois, c’est de l’autre côté du fleuve, où on a érigé une structure de bois et de papier mâché à l’effigie de Ravana d’environ 10 mètres de haut. Des jeunes hommes costumés en forces du bien et du mal entrent en scène en dansant autour de Ravana pendant que quelques hommes plus âgés narrent tour à tour avec grand enthousiasme des extraits du Ramayana, une histoire mythique de la victoire du bien sur le mal. Le tout se terminera alors qu’on mettra le feu au pauvre Ravana, qui explosera bruyamment, une vingtaine de pétards ayant été placés à même la structure, au grand plaisir des petits et des grands.


Ça c’est la fête!!!

mercredi 20 octobre 2010

Rishikesh

Pour les gens d’un certain âge (pas moi, mais j’en ai entendu parler!), Rishikesh est synonyme de la rencontre de la culture occidentale des années 60 avec le mysticisme indien. C’est la genèse du « White album » des Beatles alors qu’ils ont séjourné à l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi. C’est une ville sacrée de deuxième ordre, sur les bords du Ganges. Haridwar, sa voisine, à 25 kilomètres est le grand centre de pèlerinage de la région et une des villes hôtesses de la grande fête de Khumba Mela où des millions d’indiens viennent faire leurs ablutions dans la rivière.

Le centre ville de Rishikesh est chaotique et bruyant, mais à deux kilomètres au Nord il y a l’enclave de Laxman Julla qui est très chouette. On y accède en traversant un pont a suspension pour piétons (vaches et motos aussi, mais ça c’est une autre chronique) seulement. Aujourd’hui, les Indiens viennent à Rishikesh pour visiter l’un ou l’autre des nombreux temples, et pour admirer le paysage. Les étrangers eux, viennent pour faire du yoga et pour « chiller ». Il y a une foule d’ashrams et de centres de yoga, c’est donc difficile de choisir et de savoir si l’enseignement est de qualité, mais comme tout le monde en fait, suffit de demander des références. Il y a aussi des petits cafés très relax, sur le bord de la rivière, où les gens (en grande majorité des Israéliens) flânent à toute heure de la journée. On y sert que de la nourriture végétarienne (pas d’œufs, mais des produits laitiers) et pas d’alcool. Facile donc d’y passer plusieurs jours, et de se faire une horaire santé, ce que je fis.


Mon réveil sonne tous les matins à 7 heures, comme pour aller au boulot. Ce n’est pas dans mes habitudes ces derniers temps, et j’avoue que les premiers jours je devais résister à la tentation de cacher ma montre sous une pile de vêtements, histoire de ne pas l’entendre sonner. Donc, réveil à 7 heures, et cours de yoga de 7 heures 30 à 9 heures.

Chandra yogi nous fait faire une routine assez exigeante, et y inclut quelques positions que je n’ose même pas essayer, mais qui m’impressionnent grandement. Retour à l’hôtel, douche, petit déjeuner avec le journal puis… on relax un peu. Selon la journée, un peu de lecture, un peu d’écriture, des rencontres autour d’un thé, une randonnée à des chutes à quelques kilomètres avec Karine et Luc, un sympathique couple de québécois (les premiers!) avec qui j’ai passé quelques jours, et même un bain dans les eaux froides du Ganges.





Le soir, méditation guidée d’une heure avec un autre yogi qui d’une voix chantante, en un anglais approximatif, nous invite à feeeeeeeeeelllllllllllllllllll the enrgyyyyyyyyyyyy betweeennnnn your soft paaaaaaarts and your anuuuussssssssssssssssssss…, parmi tant d’autres choses. Disons que j’ai vu, en 10jours, un progrès plus marqué dans ma pratique du yoga que de la méditatiion…

J’ai donc passé un agréable séjour à Rishikesh et j’ai eu de la difficulté à quitter. Surtout que la prochaine destination est le Rajasthan, très touristique et encore très chaud, bien qu’on ne parle plus des températures entre 40 et 50 degrés de la saison pré-mousson. Je me consolerai en pensant que novembre s’en vient et que je pourrais être au Québec. Je vous en donnerai des nouvelles.

dimanche 10 octobre 2010

The Road

L’automne est arrivé au Ladakh. Les feuilles jaunissent, la température diminue lentement mais surement, et les commerces qui avaient bravé la chute dramatique du tourisme après les inondations du 6 août ferment à leur tour, un a un. Les travailleurs saisonniers retournent à leurs villages pour quelques semaines après quoi la majorité se rendront à Goa où la saison touristique bat son plein durant les mois d’hiver.

Je m’habille tranquillement. Un chandail à manches longues, un polar, et mon anorak. Des caleçons longs, une paire de pantalons épais, des bas chauds, mes bottes de marche, mes gants et ma tuque. Je m’en vais… prendre le minibus. J’ai décidé que la prochaine destination serait Rishikesh, histoire de prendre du temps pour méditer et faire du yoga. Pour quitter Leh, trois choix s’offrent. Un vol sur Delhi, la route vers le Kashmir, ou re-la route vers Manali. Les vols sont chers et je n’ai vraiment pas envie de me taper la capitale. Le Kashmir est une poudrière très instable de ces temps-ci,pas vraiment pour moi. Je retournerai donc à Manali, un autre « Road trip ».

Le minibus part à 1 heure du matin et prévoit arriver à destination vers 18 heures. Sympathique… Je passe donc la soirée avec Chris, un Italien qui travaille sur son doctorat en études tibétaines et qui occupe la chambre voisine. On a passé le dernier mois à se croiser entre nos escapades mutuelles hors de Leh. On regarde des photos de notre visite au monastère de Spituk la veille et on s’échange de la musique aider à passer le temps. À 11 heures Chris me souhaite bonne route. Je fais les derniers préparatifs avant de quitter l’hôtel à minuit trente.

Outre une douzaine de chiens, je suis seul sur la rue principale. Il fait froid, mais, vous l’aurez noté, je suis habillé en conséquence. Je ne suis pas trop inquiet pour la nuit, je pense que ça ira. Le minibus arrive à 1h20, c’est plutôt bien. On fait quelques arrêts et à 2 heures, c’est plein. On est fin prêt à partir. Ce sera une dure nuit. Le chauffeur, soucieux e ne pas s’endormir (c’est quand même une belle attention de sa part), gardera la fenêtre ouverte et nous fera entendre le même CD de musique indienne tout le long des 16 heures que durera le voyage.

Il fait donc vraiment froid. J’essaie de temps à autre de voler un coin de la couverte de mes voisins indiens, je me branche sur mon lecteur MP3 pour varier la musique et je me dis que toute mauvaise chose a une fin. Lorsque le soleil se lève enfin, c’est mieux, et je pense que je pourrai enfin dormir... Jusqu’à ce que la dame d’à côté se mette à vomir. J’ai arrêté de compter après la cinquième fois. Elle réussit à chaque fois à se rendre à la fenêtre de la première rangée. On constate cependant à chaque arrêt que la portière (incluant la poignée) se couvre de plus en plus d’une couche épaisse de nourriture à moitié digérée. Nice…

Je réussis à somnoler à quelques reprises jusqu’à ce qu’on arrive au col de Roatang. Ce sera mon quatrième passage cette année. On mettra trois heures pour faire les 50 kilomètres, ce qui est un record de vitesse. Il y aura un peu de pluie, un peu de neige, de nombreux blocages, mais somme toute, pas si mal. On arrive donc à bon port à 18 heures. Je suis crevé, mais heureux d’être rendu… à Manali… Pour me rendre à Rishikesh, je devrai prendre un bus de nuit pour Chandrigarh (11 heures) puis un autre bus pour Haridwar (6 heures) et finalement 1 heure de taxi. Bon, j’ai du temps, je peux me permettre quelques jours de repos avant cette prochaine étape.

Je suis installé sur le balcon devant ma chambre. J’ai une vue sur la place principale du village de Vaschicht, à trois kilomètres de Manali. Je n’ai pas de plans pour la journée autre que d’écrire, de lire et d’accueillir ce qui se présentera. Ce n’est pas encore facile, mais je m’améliore. Il y a toujours la tendance de planifier quelque chose, et ce plan devient trop souvent «ce qui doit être fait ». Ça prend du temps pour changer le programme…

En quittant Manali, je laisserai derrière moi les montagnes du Nord de l’Inde, après presque trois moi passés sous leur regard bienveillant. Coin de pays majoritairement bouddhiste, l’accueil aura été doux et souriant. Je me lance maintenant dans ce que les voyageurs ici appellent « real India ». C’est le début d’une autre étape. Si vous êtes prêts, je vous emmène avec moi.

À bientôt.

jeudi 7 octobre 2010

Markha Valley


Les gens qui se rendent au Ladakh, y vont en grande majorité pour faire du trekking. On parle en général de randonnées de 3 à 20 jours, presque toujours en camping (contrairement au Népal ou les randonnées avec couchers dans des petites pensions sont davantage possibles) le plus souvent avec guide, cuisinier, et des chevaux pour transporter l’équipement et la nourriture. L’an dernier, j’ai passé près d’un mois au Ladakh, et cette année trois semaines, sans avoir tenté l’aventure. Pourtant l’intérêt y est. Je n’ai simplement pas rencontré les bonnes personnes au bon moment. Voilà donc qu’au moment où je me disais que je quitterais le Ladakh je rencontre une Allemande et une Suissesse qui me proposent de faire le « Markha Valley trek » avec elles. C’est une randonnée bien connue, de difficulté moyenne et les filles ne sont pas des athlètes, donc je me dis que je devrais pouvoir suivre le rythme, d’autant plus que je n’aurai qu’un sac à dos de jour à porter.

On trouve donc une agence qui nous fournira les services nécessaires pour 40 $ par personne par jour, et le 19 septembre au matin, une jeep nous dépose à une heure de Leh au départ du sentier.

Ce sera une semaine magnifique. Des paysages à couper le souffle, des villages mignons comme tout avec des gens hyper, mais hyper sympathiques, ainsi que des stupas (monuments coniques) et des gompas (temples) perchés à des endroits parfois invraisemblables qui parsèment la route, nous accompagnent tout au long du périple. Les journées sont longues, et le temps change souvent. On aura droit à un peu de tout. Journées ensoleillées et chaudes, couvert nuageux, une après-midi pluvieuse, venteuse et froide (entre nous, celle là m’a fait travailler le mental), et même une heure de neige. Trois nuits ont été sous zéro et pour traverser le dernier col, nous avons dû faire quelques heures dans 10 à 15 cm de neige mouillée (on était un peu tard dans la saison). Mes compagnes de randonnée sont sympathiques, nous avons les mêmes attentes et nous marchons à des vitesses très semblables. Y’a donc pas de pression.

Physiquement, bien qu’exigeant, ce n’est pas d’une difficulté extrême. L’effet de l’altitude se fait ressentir, mais les sentiers montent et descendent doucement, et puisqu’on était à Leh, à 3500 mètres, depuis un bout, l’écart n’est pas tellement grand, et ça se prend assez bien. On marche lentement, y’à pas de presse. À l’arrivée on nous attend avec un thé chaud, et notre guide/cuistot (Dawa, un népalais de 28 ans d’une gentillesse hors du commun) nous concocte des petites merveilles chaque soir (pâtes avec sauces variées, légumes sautés, plats indiens, momos tibétains, soupes, et même une pizza cuite sur des roches chaudes!).

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est de n’avoir aucune décision à prendre pendant la semaine. On se lève, on marche, on prend des photos, on mange et on se couche. Le sentier et par là, y’a qu’à le suivre et ouvrir nos sens. Je me suis senti très zen, en harmonie avec mon environnement (bon pas toujours, je me suis battu un peu avec le froid et les bobos inévitables) et convaincu à nouveau du puissant pouvoir de ressourcement de la nature. Depuis le trek, je me sens plus calme, et plus centré. Voilà bientôt trois mois que je suis parti. Je sens maintenant que le rythme est bon, que le temps fait son effet et que j’accepte plus facilement d’être simplement où je suis.

Je mettrai sous peu quelques photos sur Picassa. Vous comprendrez peut-être un peu mieux mon émerveillement. Pour les amateurs de randonnée, le Ladakh se doit d’être sur votre liste; c’est sublime…

La randonnée en chiffres (pour les amateurs)

7 journées de marche
Les couchers se font entre 3400 et 4700 mètres
Entre 6 et 9 heures de marche par jour (on n’était pas vite!)
La deuxième journée, traversée d’un col à 4900 mètres
L’avant dernier jour, traversée d’un col à 5130 mètres
40 $ par personne par jour tout compris (pour trois personnes)

dimanche 12 septembre 2010

La route de Dha Hanu

Le transport routier dans les montagnes, c’est jamais très facile. Cette année, avec la pluie abondante qu’il y a eu dans le Nord de l’Inde, c’est vraiment pas une sinécure. Après les aléas dans la vallée du Spiti, les trois passages pénibles du col de Roatang et les 30 heures de route entre Manali et Leh, j’ai trouvé moyen de faire encore mieux. Et pourtant…


J’ai décidé de quitter Leh pour me rendre dans la région de Hanu, ou vivent les Brokpa, un peuple aux traits aryens, des descendants, spécule-t-on, des envahisseurs accompagnant Alexandre le Grand, à quelques dizaines de kilomètres seulement de la frontière du Pakistan. Il y a un bus qui part tous les matins à 9 heures et qui doit arriver à Dha à 15 heures. Parfait. Je me rends à la gare routière à 8h30. Je place mon sac sur le toit et entre dans le bus. Première surprise, tous les sièges sont pris. Je réussis tout de même à me faufiler sur un coin de banquette à côté du chauffeur, mais pas vraiment de place pour mes jambes. J’opte donc pour une position semi-lotus, en me disant que j’aurai une meilleure place dans une heure ou deux quand quelques passagers arriveront à destination.

Deuxième surprise, le bus arrête quatre fois dans les deux premiers kilomètres pour prendre de nouveaux passagers. C’est maintenant plein à craquer, y’en a même deux ou trois qui pendent dans le cadre de la porte, restée ouverte. On va avoir du fun… Deux heures plus tard, on a franchi environ 40 kilomètres des 160 nous séparant de Dha, et voilà qu’on arrête pour le petit déjeuner. Bon, j’avais cru qu’un départ à 9heures voulait dire qu’on mangeait avant de partir (ce que j’ai fait), mais non, troisième surprise. Je me dis qu’on n’est pas pressé après tout, on a toute la journée.

L’autobus est tout aussi bondé, mais on a profité de l’arrêt pour me gruger encore quelques pouces. Heureusement que je ne suis pas gros, mais je sens bien que je suis moins souple que j’étais. Le paysage est magnifique, et comme je suis pratiquement collé sur la vitrine avant, j’en profite pour prendre quelques photos, ce qui amuse bien mes co-voyageurs (je suis le seul touriste à bord…). On roule comme ça un bon trois heures, et voilà qu’on arrête de nouveau, cette fois pour le lunch. Le village n’est qu’un carrefour sans âme, et la nourriture est à l’image du village.

On repart à 14 heures 30 et on n’a pas encore franchi la moitié du trajet. Je commence à penser qu’on n’arrivera pas à l’heure prévue. Certains bouts de route sont cependant bien pavés, et on prend de la vitesse; on doit faire du 40 km/heure! Tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce que… quatrième surprise, la route est bloquée. Un pont a été emporté par les inondations du début août et un camion citerne est pris dans le pont de roches qu’on a temporairement mis en place pour franchir les 10 mètres séparant les deux rives. Ce n’est pas tout. Un petit pick-up, ne reculant devant rien, a tenté de doubler le camion citerne immobilisé. Erreur! Voilà donc deux véhicules pris dans les roches. Bravo!

Comme lors des autres blocages de route, c’est le même scénario que se répète. Chacun y va de ses conseils et personne (ou presque) ne lève le petit doigt. Après une heure de gossage, voilà qu’apparaît une remorque de l’armée. Yé, on est sauvé! Pas si vite Richard… Ils ont une remorque, mais on dirait que c’est la première fois qu’ils s’en servent. Et puis, c’est pas parce que c’est l’armée qu’on sait qui donne les ordres. On est en Inde après tout. C’est donc le chaos, comme il se doit. Le spectacle est passionnant, mais un peu longuet. Ils finissent par y arriver, et les premiers véhicules passent sans problème. Vous l’aurez deviné, lorsque vient le tour de notre autobus, celui-ci s’embourbe, s’enfonce et s’en est fait, il est pris à son tour. Je vous fais grâce des nombreuses techniques qu’ont utilisé les vaillant soldats pour tenter de résoudre le problème de façon à ce que nous puissions continuer notre route, mais en vain. Finalement, l’autobus est remorqué, mais du même côté d’où on arrivait. Et nous on fait quoi? Plus précisément, moi je fais quoi?



C’est alors que j’aperçois (je ne compte plus les surprises) une dame portant une casquette du Canadien de Montréal. Non, non, je ne vous niaise pas. Elle est canadienne, et travaille pour une ONG locale depuis plusieurs années, passant huit mois par année dans les villages du coin. Elle a tout d’une locale (sauf la casquette) et parle couramment le Ladakhi. Elle m’explique que les gens organiseront des navettes avec les camionnettes sur place. Je lui demande son avis et elle me suggère de prendre un véhicule pour Biama, le village avant Dha puisqu’il commence à faire nuit. Il y a là un guesthouse qui pourra m’héberger. Elle-même ne va pas aussi loin, donc nous prenons deux camionnettes différentes.

Le temps d’organiser le tout, il fait effectivement nuit. Le ciel est magnifique, mais mon niveau de confiance un peu moins. Enfin, j’embarque dans une camionnette et me dit que (maintenant) tout se passera comme prévu… When will I learn

Nous roulons une petite demi-heure, et voilà qu’on m’indique que je suis rendu à bon port. Je demande où on est, et on me répond « Dha ». Ah bon, je croyais que je devais arrêter à Biama!? Et le guesthouse dis-je d’un ton que je souhaiterais pas trop nerveux. Suis cette dame locale me répond-on, du moins c’est ce que je comprends. OK, je ne suis pas dans une position pour négocier grand chose. J’aperçois donc la dame qui commence à grimper dans un sentier rocailleux plus ou moins bien défini. How far ? Not far. Et c’est parti.

Avec mon gros sac mal attaché, mon petit sac pendant au cou, ma lampe de poche à la main (oui, oui, je devrais avoir une frontale) je tente tant bien que mal de suivre la dame qui gambade comme une chèvre de montagne sur le sentier qui monte de plus en plus à pic. Après 10 minutes, je dois me rendre à l’évidence, je ne suis pas capable de suivre la cadence. J’arrête et lui offre une panoplie d’excuses pour justifier mon état. Après un arrêt trop bref, elle s’empare de mon petit sac et me somme de la suivre. Si je ne m’amusais pas avant, là je ne m’amuse plus, mais plus du tout. Le sentier est parsemé de roches et ça devient de la grimpette. Je dois utiliser mes mains, mes genoux, et tenir ma lampe de poche dans ma bouche, ce qui n’aide en rien à respirer adéquatement (je sais, la frontale…).

Finalement, on arrive à une maison. La dame me fait signe d’attendre et elle disparaît à l’intérieur. En d’autres temps, j’aurais été inquiet. À ce moment précis, je suis trop exténué pour réagir. Je tousse, je crache et je contemple distraitement les étoiles jusqu’à ce qu’un jeune homme sorte de la maison et met dit de le suivre. Merde, on n’est pas encore rendu. Le sentier est maintenant plat, mais le jeune homme ne compte pas perdre de temps. Je le suis comme je peux et en cinq longues minutes, on atteint l’endroit tant espéré. Le jeune homme cogne à la porte et finit par réveiller les habitants qui ouvrent et m’offrent le gîte. Il est 22 heures, je n’ai pas mangé depuis le lunch, mais pas question de faire autre chose que d’enlever mes vêtements trempés de sueur et m’affaisser sur le lit. À 22 heures 15, je dors.

Je me réveille à 9 heures 30 le lendemain matin, fatigué, mais soulagé. Le village est coquet, il y a des fleurs partout, les gens sont gentils, et les femmes âgées portant des coiffes pour le moins originales. Je prends une marche dans l’après-midi et je me rends à Biama pour voir le guesthouse où on aurait dû me déposer. Dernière surprise, le village a été ravagé par les inondations du début août et le guesthouse en question n’est plus. L’aventure aura donc bien finit. Deux mois d’aventures, ça commence à être du stock. Au fait, ce n’est pas du repos que je cherchais? Il est peut-être temps de faire le point… À suivre…

samedi 4 septembre 2010

Réflexions d'une nuit d'été

Djoulé!

Ça veut dire à la fois bonjour, au revoir, s’il vous plait et merci en Ladakhi. Affichant un large sourire, presque tout le monde qu’on croise nous le lance d’une voix enjouée. Dans les guides de voyage, et parfois dans les documents remis ici aux touristes, ils l’écrivent « Jule ». C’est toujours amusant de voir des Français nouvellement arrivés qui prennent l’initiative et qui lancent des « Jules » (comme dans Jules Verne) aux gens qu’ils croisent!

Les chiens

Il y en a beaucoup à Leh. Ils dorment le jour, et prennent possession de la ville la nuit, rodant en groupe et jappant presque sans cesse. Je me demande ce qu’ils se disent... Comme se sont des êtres vivants, les bouddhistes ne doivent pas leur faire de mal, ce qui explique que leur comportement est toléré. Cela dit, lorsqu’on les croise le jour, ils s’esquivent la queue entre les jambes. C’est donc qu’ils ont appris à avoir peur des humains. Il me semble y avoir là une contradiction que je ne m’explique pas…

L’inégalité de l’offre et de la demande

Il y a anormalement peu de touristes en ville pour ce temps de l’année, suite à la catastrophe du début août. Même si beaucoup de commerces ont fermé leurs portes pour la saison, il y en a encore beaucoup qui ont choisi de rester ouverts. C’est plutôt triste de voir les commerçants se tourner les pouces à longueur de journée ou de tenter vainement d’attirer les quelques acheteurs potentiels dans leurs boutiques. Ça me fait penser à la mondialisation et à la dépendance qui est crée quand les agriculteurs locaux ne produisent que pour l’exportation.

Les pousseux de charrette

Quand on voyage longtemps on vient à ne plus être conscient des différences avec chez soi. Hier, je me suis dit que je ferais un effort pour observer plus attentivement la vie quotidienne à Leh. À ce moment précis, j’aperçois du coin de l’œil un « Pousseux de charrette ». Bien sur, j’en avais déjà vu, mais sans vraiment les voir. Des pousseux de charrette, avouons-le, y’en a pas beaucoup chez nous. Ils livrent une variété d’objets, souvent lourds, à des racoins de la ville peu ou pas accessibles en véhicules motorisés. Pour quelques roupies, ils transportent des bidons d’eau ou de pétrole, des matériaux de construction ou des boîtes de tous genres. Sur le plat, ça va, mais Leh est une ville avec sa part de dénivelés. Il faut donc les voir forcer comme des bœufs (l’image est assez juste) ou alors courir, le dos arqué, zigzaguant de gauche à droite à travers les piétons ou les automobiles pour tenter de freiner leur cargaison en descendant une côte. Pas évident…

Serviettes et papier de toilette

Dans l’temps, les petits hôtels par chers ne fournissait pas de serviettes ni de papier de toilette. Puis les temps ont changés. Pas en Inde… Pour la serviette, l’ennui c’est qu’elle reste souvent mouillée au moment ou je change d’endroit, donc faut la placer dans un sac de plastique. Saviez-vous que les sacs de plastique sont illégaux dans l’état de l’Himachal Pradesh? Ça complique un peu la chose. Pour le papier de toilette, ben il faut en trainer partout, et ne surtout pas l’oublier. Distrait comme je suis… je vous épargne les détails.